
Nepo Babies : 6 talents du cinéma français qui valent bien plus que leur nom de famille
Après la sortie des Rayons et Les Ombres (2026), fresque historique retentissante de Xavier Giannoli, la presse française s'est rapidement intéressée à l'actrice principale Nastya Golubeva, qui incarne le rôle de Corinne dans le film. Sa performance aux côtés de Jean Dujardin et August Diehl, qualifiée de révélation puissante, a naturellement placé la jeune comédienne sous les projecteurs.
Lorsqu'un entretien vidéo dans lequel elle évoquait son manque d'expérience face aux médias est devenu viral, les internautes n'ont pas tardé à la critiquer, car elle était la fille du réalisateur Leos Carax et, selon eux, ne pouvait pas prétendre à une telle naïveté médiatique. Les filles de, les fils de… Ce n'est ni la première ni la dernière fois que nous sommes confrontés au très fameux phénomène du « nepo baby ». Bien que ses effets soient bien plus visibles dans le contexte hollywoodien, le phénomène a lui aussi suscité quelques débats en France.
On se souvient par exemple du cas de Seize Printemps (2021) de Suzanne Lindon. Le fait qu'elle ait réalisé son premier long métrage à 21 ans a provoqué de vives réactions -le métier de cinéaste étant un privilège économique et culturel dont elle n'aurait sans doute pas pu bénéficier si jeune sans être la fille de Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon. S'il y a une part de vérité dans ces critiques, l'actrice et réalisatrice en est encore à ses débuts, ce qui rend difficilement justifiable un tel déferlement de réactions négatives -d'autant qu'elle semble bien progresser dans sa carrière, ayant collaboré avec Claire Denis en tant que co-scénariste pour son nouveau film Le Cri des gardes (2025).
Un autre cas plus récent fut La Venue de l'avenir (2025) de Cédric Klapisch, dont une grande partie du casting était composée de comédiens et comédiennes issus de familles bien impliquées dans l'industrie du cinéma, tels que Suzanne Lindon, Sara Giraudeau, Vassili Schneider ou Raïka Hazanavicius. Face aux critiques, Klapisch a répondu qu'il n'avait pas conscience de leurs origines au moment de ses choix, tout en reconnaissant les interrogations que peut susciter un tel casting.
La question du privilège et du capital culturel reste centrale dans une industrie aussi concurrentielle que le cinéma français -toujours est-il qu'il existe des comédiens et comédiennes qui, bien qu'issus de familles d'artistes, finissent par dépasser leur filiation grâce à leur talent, à tel point que l'on reconnaît parfois davantage leur nom que celui de leurs parents. Pour JustWatch, j’ai listé quelques personnalités dont la carrière va bien au-delà de la simple étiquette de « nepo baby ».
Louis Garrel
Fils du réalisateur Philippe Garrel, notamment connu pour les films qu'il a tournés au sein de la scène underground dans les années 1970, Louis Garrel est devenu très jeune l'un des visages les plus emblématiques du cinéma français. Aujourd'hui crédité pour plus de cinquante longs-métrages, l'acteur a connu son premier grand succès avec Innocents (2003) de Bernardo Bertolucci, où il a partagé la tête d'affiche avec Eva Green et Michael Pitt. Le rôle qu'il y a joué -figure de jeune rebelle charismatique- lui est longtemps resté collé à la peau.
Incarnant un mélange de registres mélancoliques, comiques et cérébraux, il est devenu l'un des collaborateurs réguliers de Christophe Honoré et a livré des performances marquantes dans des films tels que Ma mère (2004), Les Chansons d'amour (2007) et La Belle Personne (2008). À la même époque, il a également été salué pour les rôles qu'il a tenus dans les films de son père, tels que Les Amants réguliers (2005) et La Jalousie (2013), dans lesquels il apparaissait comme une sorte d'alter ego pour Garrel père.
Malgré -mais peut-être grâce à- son visage très caractéristique, il a pu incarner Yves Saint-Laurent (Saint-Laurent, 2014) ainsi que Jean-Luc Godard (Le Redoutable, 2017). Garrel n'a pas tardé à passer à la réalisation, en signant son premier long métrage, Les Deux Amis, en 2015. Son plus grand succès en tant que réalisateur est, à ce jour, L'Innocent (2022), pour lequel il a obtenu le César du meilleur scénario original -son premier, d'ailleurs, bien qu'il ait été auparavant nommé à six reprises dans les catégories d'interprétation.On le retrouve le 15 avril chez Toledano / Nakache dans Juste une illusion (2026).
Charlotte Gainsbourg
Si on pense à la défiance et à la provocation au cinéma, Charlotte Gainsbourg est l'une des premières actrices qui vient à l'esprit. En tant que fille de Jane Birkin et Serge Gainsbourg, elle a été exposée à la couverture médiatique depuis un très jeune âge. Sa carrière au cinéma débute en 1984 et, grâce à sa performance dans L'Effrontée (1985) de Claude Miller, elle est récompensée par le César du meilleur espoir féminin. Après cette période de première révélation, Gainsbourg a dû attendre les années 2000 pour profiter véritablement d'une reconnaissance critique, qu'elle doit notamment à ses collaborations avec le grand provocateur Lars von Trier.
En effet, on se souvient plus particulièrement de l'audace et de l'expressivité puissantes avec lesquelles elle a incarné des personnages féminins dans ses films extrêmement subversifs. Dans Antichrist (2008), pour lequel elle a obtenu le prix d'interprétation féminine à Cannes, Gainsbourg capture viscéralement l'état de psychose extrême de son personnage endeuillé, sa performance étant ponctuée tantôt par la jouissance, tantôt par la terreur. Quant à Melancholia (2011), bien moins controversé qu'Antichrist, elle livre un jeu beaucoup plus nuancé dans le rôle de Claire – sœur pragmatique et rationnelle de Justine, qui finit par progressivement s'effondrer devant l'imminence de l'apocalypse.
Son rôle le plus discuté, suscitant énormément de polémiques, reste, même à ce jour, Nymphomaniac : Volume 1 et Nymphomaniac : Volume 2 (2013). Certainement moins connue que ses collaborations avec le réalisateur danois, sa performance dans Les Passagers de la nuit (2022) doit elle aussi être saluée. Gainsbourg est récemment passée à la réalisation avec le documentaire très réussi Jane by Charlotte (2021), qui a retracé sa relation avec sa mère. Par ailleurs, on attend avec impatience son nouveau projet dans lequel elle incarnera l'avocate et militante féministe iconique Gisèle Halimi.
Léa Seydoux
Quand on parle de Léa Seydoux, le terme « nepo baby » reste quelque peu insuffisant — elle mérite certainement mieux que ça. On pourrait plutôt la qualifier d'héritière du cinéma à part entière, en tant que petite-fille de Jérôme Seydoux, président du groupe Pathé. Si elle bénéficie certes des privilèges du milieu social et culturel dans lequel elle a grandi, il suffit d'observer la variété des performances qu'elle a livrées depuis vingt ans pour comprendre que son talent ne saurait se réduire à son seul nom de famille.
Révélée par La Belle Personne de Christophe Honoré, elle a marqué les esprits -et les représentations lesbiennes au cinéma- par sa présence envoûtante dans La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2 (2013), pour lequel elle a reçu la Palme d'or aux côtés d'Abdellatif Kechiche et d'Adèle Exarchopoulos. Remarquée très tôt par Hollywood, elle est également apparue dans les franchises Mission : Impossible, James Bond, et plus récemment dans Dune.
Dans sa jeunesse, Seydoux était souvent associée à des personnages féminins mélancoliques, légèrement froids et mystérieux. Aujourd'hui, elle a su se dissocier des rôles stéréotypés qui limitent trop souvent la palette des actrices françaises. Qu'il s'agisse du registre satirique de France (2021) de Bruno Dumont, de l'absurdité burlesque de Quentin Dupieux dans Le Deuxième Acte (2024), ou des rôles psychologiques exigeants comme dans La Bête (2023) de Bertrand Bonello, l'actrice a maintes fois prouvé que sa vocation dépasse largement celle d'un simple objet du désir et du regard. Pour déconstruire cette image préconçue, elle a même choisi des rôles plus modestes, presque ordinaires, à l'image de celui d'Un beau matin (2022) -un type de personnage auquel on n'avait guère l'habitude de la voir. Léa Seydoux a plusieurs projets à divers stades de développement, dont le plus imminent et le plus attendu reste L'Inconnue, d'Arthur Harari.
Chiara Mastroianni
Proportionnellement, la carrière de Chiara Mastroianni est peut-être moins éclatante que celles de Garrel ou de Seydoux, mais il n'en reste pas moins qu'elle a tourné avec de nombreux auteurs renommés du cinéma indépendant européen -majoritairement français- tels que Raoul Ruiz, Manoel de Oliveira, Claire Denis, Arnaud Desplechin ou Rebecca Zlotowski.
Fille du grand acteur italien Marcello Mastroianni et de Catherine Deneuve, elle est d'abord remarquée pour sa performance dans Ma saison préférée (1993) d'André Téchiné, aux côtés de sa mère, rôle qui lui vaut une nomination aux César. Son parcours est ensuite profondément marqué par ses collaborations avec Christophe Honoré. Bien qu'elle figure au casting principal des Chansons d'amour et des Bien-aimés (2011), c'est Chambre 212 (2019) qui la place véritablement sous les projecteurs, lui valant notamment le Prix d'interprétation féminine dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes.
L'actrice représente par ailleurs l'un des rares cas, dans le cinéma français, d'une personnalité ayant ouvertement affronté la question du népotisme. C'est dans le dernier film de Christophe Honoré, Marcello Mio (2024), qu'elle s'y confronte de la manière la plus directe : en incarnant une version fictionnalisée d'elle-même, une actrice dont la carrière se trouve entravée par l'ombre écrasante de son père -pesant aussi bien sur sa façon de jouer que sur son existence quotidienne. Avec ce rôle, Mastroianni aborde ces problématiques d'une manière à la fois personnelle, drôle et riche en émotions.
Paul et Samuel Kircher
Fils de Jérôme Kircher et d'Irène Jacob, les frères Kircher figurent parmi les jeunes talents les plus remarqués du cinéma français. Paul Kircher, le frère aîné, lance sa carrière d'acteur dans Le Lycéen (2022) de Christophe Honoré -réalisateur réputé pour son flair à révéler de jeunes talents appelés à devenir de grands acteurs. En jouant dans Le Règne animal (2023) aux côtés de Romain Duris et d'Adèle Exarchopoulos, il obtient des nominations dans la catégorie de la meilleure révélation masculine aux César deux années consécutives.
C'est par sa performance dans Leurs enfants après eux (2024) que la diversité croissante de son jeu est récompensée, à la Mostra de Venise, où il reçoit le Prix Marcello-Mastroianni. On le retrouve ensuite dans Météors (2025), avec un rôle qui consolide sa position et prouve qu'il peut s'immerger dans un registre plus sombre, loin du milieu bourgeois auquel on l'associe volontiers.
Bien que son frère cadet Samuel compte moins de crédits à sa filmographie, il n'en est pas moins talentueux -et même plus audacieux-, ayant débuté sa carrière avec L'Été dernier (2023) de Catherine Breillat, film qui a suscité une vive polémique en raison de la relation secrète qu'entretient le personnage principal avec son beau-fils mineur. Présent également au casting de L'Engloutie (2025) et de La Danse des renards (2025), Samuel Kircher a, comme son frère, une longue carrière devant lui -reste à voir si les rôles à venir leur seront accordés pour leur talent ou pour les connexions de leur milieu culturel.
































































