Voilà une polémique dont Timothée Chalamet se serait bien passé dans la dernière ligne droite vers la 98ème cérémonie des Oscars. Le comédien, qui fait faisait partie des favoris pour décrocher la statuette du Meilleur acteur dimanche soir pour son interprétation dans Marty Supreme (2025) est rattrapé par ses propos (au mieux) maladroits, tenus il y a quelques semaines dans le cadre d’un échange avec Matthew McConaughey.
« Plus personne ne s'y intéresse »
Organisées le 21 février à l'initiative de Variety et CNN à l’Université du Texas, à Austin, ces retrouvailles entre la star de Interstellar (2014) et celui qui y jouait son fils ont brassé de nombreux sujets autour de leur vision du jeu d’acteur et du cinéma. C’est là que le comédien a lancé : « J'admire les gens, et je l'ai fait moi-même, qui vont sur les plateaux télé et disent : ‘Il faut sauver les salles de cinéma. Il faut préserver ce genre cinématographique’. Mais d'un autre côté, je pense que si les gens veulent voir un film comme Barbie ou Oppenheimer, ils iront le voir et le clameront haut et fort. Je ne veux pas travailler dans le ballet ou l'opéra, ni dans des domaines où l'on nous dit : ‘Il faut sauver ça’, alors que plus personne ne s'y intéresse »
Reconnaissant dans la foulée, à la fois gêné et amusé, avoir lancé cette pique « sans raison » (une « balle perdue », dirait-on dans le langage populaire), Timothée Chalamet a immédiatement adressé « tout [son] respect aux gens du ballet et de l'opéra » sous les rires du public et de Matthew McConaughey. Pas suffisant pour des artistes de tous horizons, qui ont rapidement regretté et condamné cette remarque, surtout venant d’un acteur lui-même issu des planches et dont la sœur, la mère et la grand-mère ont notamment dansé pour le New York City Ballet. Les réactions ont été nombreuses et l’opéra de Sydney a même mis en place un code de réduction ‘TIMOTHEE’ pour des fauteuils de Carmen.
Opéra + cinéma = des scènes puissantes
Maladresse ? Insolence ? Voire suffisance ? Chacun.e jugera en regardant la séquence. En attendant, c’est un bad buzz qui vient ternir la campagne de promotion portée par l’acteur autour du film de Josh Safdie, qui a souvent flirté avec l’arrogance alors que Timothée Chalamet revendiquait rester dans la même énergie « dream big » que son personnage. Et plus globalement c'est son image d’étoile montante et attachante qui est écornée, de nombreux fans ayant arrêté de le suivre sur les réseaux sociaux.
Cette vidéo, c’est l’occasion pour JustWatch de vous partager quelques recommandations autour de grands moments de cinéma construits autour de l’opéra, et entrées aujourd’hui dans la pop culture. Je ne parle pas ici des retransmissions d’opéra et ballets directement sur grand écran, ni des superbes films directement inspirés d’opéras (La Flûte enchantée versions Ingmar Bergman et Kenneth Branagh, La Traviata par Franco Zeffirelli, Don Giovanni par Joseph Losey, Farinelli ou même Amadeus) ou de l’univers du ballet (Les Chaussons Rouges, Black Swan, Billy Elliot, Ballerina...) Au-delà de ces oeuvres, le 7ème art a su proposer des scènes magnifiées par des arias d’opéra, réconciliant la scène et le grand écran.
Intouchables
Commençons avec le carton Intouchables (2011) qui a fait rire et pleurer plus de 19 millions de spectateurs. Parmi les grands éclats de rire du film de Toledano & Nakache, il y a la séquence de l’opéra. Engagé au service de Philippe, paraplégique, Driss l'accompagne dans ses déplacements, et notamment à une représentation de Der Freischütz de Carl Maria von Weber, où le jeune homme découvre incrédule « un arbre qui chante en allemand ». Ses éclats de rire -du pur Omar Sy- sont vraiment contagieux (François Cluzet pouffe, et nous avec)... encore plus quand il découvre qu’il ne s’agit que de l’Acte 1 et qu’il y en a pour quatre heures !
Pretty Woman
Embarquée dans un conte de fée improbable comme seules les romcom savent les imaginer, la Pretty Woman (1993) Vivian -une prostituée engagée pour la semaine par un riche homme d’affaires- s’envole pour San Francisco où elle découvre La Traviata. Son prince charmant l’avait prévenue que l’expérience serait à nulle autre pareille : « La première fois que quelqu’un voit un opéra, très souvent il réagit d’une façon très forte : soit il adore, soit il déteste. S’il adore, il adorera toujours. Dans le cas contraire, peut-être qu’il apprendra à l’apprécier ? » Durant la représentation, Julia Roberts passe par toutes les émotions, de la joie totale à la tristesse la plus sincère. A priori, elle a adoré. Et nous aussi.
Les Incorruptibles
Si Le Parrain (1972) est tout en haut de l’Olympe du cinéma, Les Incorruptibles (1987) n’est pas loin. Pour moi en tout cas. Je peux voir ce film en boucle. J’adore chaque personnage, chaque réplique, chaque scène… Et parmi elles, il y a ce montage alterné entre Al Capone assistant à l’opéra Pagliacci de Ruggero Leoncavallo, et l’agonie de Malone, abattu chez lui par les hommes de mains du gangster menés par Frank Nitti (Billy Drago). La puissance de l’air Vesti la giubba sur ces images terribles de Sean Connery se traînant par terre et ce zoom incroyable sur un Robert De Niro traversé d’arrogance et de larmes devant la représentation, est un immense moment de cinéma. Plus encore, à mes yeux, que la fameuse scène des escaliers de la gare centrale, hommage de Brian de Palma au Cuirassé Potemkine (1925).
Le Parrain 3
Je parlais du Parrain… Francis Ford Coppola a t-il été inspiré par son ami De Palma pour le final du Parrain, 3ème partie (1990) ? Là encore, un montage alterné passe d’une représentation de l’opéra Cavalleria Rusticana dans le cadre prestigieux du Teatro Massimo de Palerme aux assassinats orchestrés par la famille Corleone pour se venger des rivaux et des traîtres. Dans cette séquence puissante, la mort est partout : sur scène avec les personnages et les masques de l'œuvre de Pietro Mascagni, dans les balcons (le cannolo empoisonné), dans les lits, dans les escaliers du Vatican, sous les ponts… Cette résolution macabre, qui emportera aussi la propre fille (Sofia Coppola) de Michael (Al Pacino), est implacable. Du grand art.
Philadelphia
Deux acteurs au sommet, deux gros plans et la voix de Maria Callas… Dans Philadelphia (1993), Andrew Beckett (Tom Hanks), avocat prometteur licencié abusivement par son cabinet en raison de son homosexualité et de sa séropositivité, fait appel à Joe Miller (Denzel Washington) pour défendre son dossier. A la fin d’une longue soirée de travail, alors que ce dernier veut rentrer chez lui, son client lui fait découvrir un morceau d’opéra, en l’occurrence La mamma morta extrait d’Andrea Chénier d'Umberto Giordano. Pourtant affaibli, Andrew se lève et explique les paroles d’un air qui parle de perte, de mort, de souffrance transformée par l’amour et la dignité. Cette chanson, c’est son histoire. C’est un moment hors du temps, dont on ressort estomaqué et sans voix. Comme Joe, dont le regard change à partir de ce moment.
Portrait de la jeune fille en feu
Raconter un amour perdu avec un plan, un visage, une musique et sans dialogue. Le final de Portrait de la jeune fille en feu (2019) de Céline Sciamma est certainement l’un des plus émouvants vus dans le cinéma français ces dernières années. Et même dans le cinéma tout court. Séparées par les conventions sociales du XVIIIème siècle, Marianne (Noémie Merlant) et Héloïse (Adèle Haenel) se retrouvent dans une salle d’opéra de Milan. Héloïse ne sait pas que Marianne l’observe alors qu’elle ne peut contenir son émotion en entendant les notes de L’été des Quatre Saisons de Vivaldi, un morceau que lui joua Marianne au clavecin durant leur moment de passion interdite. Pendant deux minutes trente, Adèle Haenel traverse toutes les émotions, en plan fixe, uniquement par son regard et sa respiration. Puissant(e).
Mrs Doubtfire
D’une scène de fin… à un générique d’ouverture ! On reste dans l’opéra, mais dans un registre beaucoup plus léger avec la première scène de Madame Doubtfire (1993), durant laquelle on observe Daniel Hillard, comédien de doublage de dessins animés, au travail. Durant cet enregistrement, sur l’aria Largo al factotum de l’opéra Le Barbier de Séville de Gioachino Rossini, on découvre tout le génie de Robin Williams, capable de faire chanter « Figaro, Figaro, Figaro » -et très bien !- à un perroquet toon avant de nous faire rire avec ses blagues et son accent. La séquence plante d’emblée le génie créatif du personnage, qui n’aura aucun mal à se déguiser en nounou pour rester auprès de ses enfants après son divorce, mais surtout, elle nous rappelle à quel point Robin Williams était unique.
Happy Feet 2
D’un perroquet à un manchot, il n’y a… qu’une patte ! Celle de Erik, le fils de Mumble, le serial danseur de Happy Feet (2006). Dans la suite, Happy Feet 2 (2011), Erik ne sait pas danser, mais il a les gènes vocaux de ses grands-parents Memphis et Norma Jean. Et à défaut de groove, c’est sur un air opératique qu’il revisite et réinvente Tosca de Puccini, plus précisément E lucevan le stelle à travers lequel il va célébrer le courage de son père et défier les immenses éléphants de mer qui règnent sur les plages à la fin du long métrage de George Miller. Vous ne pensiez pas voir des manchots et des éléphants de mer dans cette sélection, avouez ! Et pourtant, ils y ont toute leur place.
Mission : Impossible - Rogue Nation
Votre mission, si vous l’acceptez : infiltrer une représentation de Carmen à l’opéra de Vienne, pour tenter de récupérer des informations majeures sur le mystérieux Syndicat. Dans Mission : Impossible - Rogue Nation (2015), l’agent Ethan Hunt opère dans les coulisses, alors que la musique de Georges Bizet accompagne la montée en puissance et en suspense de la mission. C’est un petit bijou de montage, à la note près (un assassinat est prévu sur un moment très précis de la partitio), fait de bastons, de vertige, de snipers (dont Ilsa Faust, campée par Rebecca Ferguson)... Tom Cruise n’a pas seulement sauté en moto ou fini accroché à un biplan, il s’est aussi battu sur Carmen. Et ça, c'est la classe !
Apocalypse Now
Je ne pouvais terminer cette sélection -loin d’être exhaustive- sans évoquer Apocalypse Now (1979) et son mémorable raid en hélicoptère au son de La Chevauchée des Walkyries. L’iconique lieutenant-colonel Kilgore (immense Robert Duvall), celui qui aime l’odeur du napalm au petit matin, mène ses troupes sur le morceau de Richard Wagner. Le mélange entre les images guerrières et la musique épique provoque une impression dissonante et unique, mélangeant destruction et art, horreur et beauté, dans un spectacle qui reste l’un des morceaux de bravoure du film de Francis Ford Coppola. Vous avez dit chef d'œuvre ?



























































































































