
Anne Hathaway : le classement de ses meilleurs rôles au cinéma
En 2026, Anne Hathaway occupe de nouveau tout l’écran. Après avoir retrouvé Andy Sachs dans Le Diable s’habille en Prada 2 (2026), elle est devenue Pénélope dans L’Odyssée (2026) de Christopher Nolan avant de servir de proie aux dinosaures de La Fin d’Oak Street (2026). Autant de rôles et de registres qui rappellent qu’elle est une excellente actrice qui réussit à incarner une très large palette de rôles, d'histoires et d’émotions. À 43 ans, l’actrice n’a plus rien à prouver.
C’est l’occasion de remonter sa filmographie. Attention, il ne s’agit pas de classer ses meilleurs films : il y a certaines œuvres assez bancales dans lesquelles elle est excellente. Voici donc onze performances, du bon au très très bon.
Avant les Oscars, les films en IMAX 70mm de Nolan et les robes Valentino, il y avait Mia Thermopolis dans Princesse malgré elle (2001), ses grosses lunettes, ses cheveux indomptables et son talent extraordinaire de transformer toutes les situations possibles en mini-catastrophe. Le film de Garry Marshall a parfois la main lourde, surtout avec nos yeux de 2026 lorsqu’elle doit passer par un relooking pour être « présentable ». Mais dans ce film, Anne Hathaway montre son talent brut : un vrai sens comique physique, une énergie solaire, et une grande sincérité qui, selon moi, la caractérise dans chacun de ses meilleurs rôles.
Face à Julie Andrew, la jeune actrice ne disparaît jamais. Elle prend sa place au milieu de la caméra, impose son rôle et rend crédible la panique de l’adolescente ordinaire. Ce n’est pas sa plus grande performance, mais celle qui laissait présager son futur Oscar. Princesse malgré elle est le film parfait pour les nostalgiques des comédies familiales des années 2000 et celles et ceux qui aiment encore regarder Freaky Friday : Dans la peau de ma mère (2003).
Sur le papier, quand on voyait le casting de The Dark Knight Rises (2012), Anne Hathaway en Selina Kyle était assez étrange. Michelle Pfeiffer avait laissé une empreinte énorme dans Batman : Le Défi (1992). Déjà qu’on avait du mal à imaginer Catwoman dans l’univers de Nolan, l’actrice avait pour mission de nous faire oublier Pfeiffer. Il a pourtant suffi de sa première scène face à Bruce Wayne pour comprendre que Catwoman avait finalement toute sa place, et qu’Anne Hathaway était faite pour ce personnage. Dans ce film, elle a deux rôles : la domestique timide et la cambrioleuse. Avec un simple changement de regard, de voix et de posture, elle arrive à passer de l’une à l’autre en quelques secondes.
Sa Selina Kyle est vive, ironique, dangereuse et toujours en train de calculer comment sortir d’une pièce avant que tout dérape. Elle ne force pas le côté félin, qui est génial en comics mais bof dans un film de Nolan, n’exagère pas sur la séduction et ne recycle pas les Catwoman passées. Anne Hathaway construit plutôt une voleuse pragmatique, se jouant des hommes qui la sous-estiment. Le personnage aurait sans doute mérité davantage de place, mais dans un film dominé par Bane et ses discours sur la peur, difficile de faire mieux.
Dans Love, et autres drogues (2010), Anne Hathaway incarne Maggie Murdock, une jeune femme atteinte d’une forme précoce de la maladie de Parkinson. Mais, elle n’a aucune envie de devenir la « fille malade ». Lorsqu’elle rencontre Jamie, un représentant pharmaceutique rempli d’ambition campé par Jake Gyllenhaal, les règles sont assez simples : pas d’attaches, pas de promesse. Évidemment, ces règles vont voler en éclats assez rapidement dans ce film d’Edward Zwick qui mélange comédie romantique, satire de l’industrie pharmaceutique des années 90 et mélodrame.
Maggie utilise l’humour, le sexe et l’insolence comme moyens de garder du contrôle sur une vie qui semble lui glisser entre les doigts. Mais, c’est quand elle baisse vraiment sa garde qu'Anne Hathaway arrive à briller en harmonie avec le jeu de Jake Gyllenhaal. On retrouve cette même énergie et ce même souffle de vie dans le film de Josh Boone, Nos étoiles contraires (2014).
Dans Interstellar (2014), Anne Hathaway incarne Amelia Brand qui traverse un trou de ver avec Cooper (Matthew McConaughey) et l’équipage de l’Endurance pour chercher un nouveau foyer à une Humanité condamnée sur Terre. L’actrice n’a pas de chance et n’écope pas du meilleur rôle pour montrer l’étendue de ses talents. D’ailleurs, je trouve que Nolan a du mal à exploiter les forces d’Anne Hathaway (aussi bien ici que dans L’Odyssée). On a l’impression qu’elle est forcée à la naïveté dans certaines scènes, comme celle où elle explique que l’amour dépasse le temps et l’espace. Pourtant, l’actrice ne tombe pas dans le piège et ne bascule pas dans la mièvrerie cosmique. Elle arrive à transformer ce passage en un aveu un peu gênant : celui d’une scientifique parfaitement consciente que ses sentiments pour Edmunds brouillent son jugement.
Hathway fonctionne dans les émotions discrètes et intérieures, la culpabilité, le deuil, l'obstination, alors que McConaughey porte les grandes explosions émotionnelles du film. Les amateurs de cette science-fiction sensible et cérébrale pourront d’ailleurs prolonger l’expérience avec Contact (1997) ou avec l’excellent Premier Contact (2016) qui nous embarque dans le deuil et l’inconnu avec précision et beaucoup d'immersion.
Dans le Queens de 1980, Paul se lie d'amitié avec Johnny, un camarade noir victime du racisme de l’école, des autres adultes et de la société en général. Dans Armageddon Time (2022) Anne Hathaway incarne Esther, la mère de Paul, inspirée de celle de James Gray, le réalisateur du film. Ici, l’actrice prend une voix plus dure, des gestes fatigués. Elle y joue une mère remplie d’amour pour son fils, mais reproduit les défauts du monde qui l’entoure.
Elle n’a pas le rôle principal mais elle donne de la dimension à un film qui en manque beaucoup. Une femme qui a dû abandonner ses rêves, ses peurs du déclassement, la crainte de voir Paul gâcher les chances qu’elle n’a jamais eues. Les Berkman se séparent (2005) dissèque lui aussi une famille imparfaite à travers le regard de ses enfants. Mais quand on regarde Armageddon Time, on pense tout de suite à The Fabelmans (2022) avec une Michelle Williams incroyable dans son rôle de mère.
Voilà un film que vous allez adorer ou détester. Colossal (2016) raconte l’histoire de Gloria qui retourne dans sa ville natale après une rupture et découvre qu’un kaiju (un monstre titanesque comme Godzilla) ravageant Séoul reproduit à distance chacun de ses mouvements. Vous comprenez pourquoi ce film est tranchant ? Une chose fait l'unanimité, c’est la performance d’Anne Hathaway qui arrive à donner beaucoup de poids au long métrage. Colossal commence comme une comédie indépendante un peu bizarre avant de passer à quelque chose de plus sombre, autour de l’emprise, de la violence et la responsabilité.
Gloria est la trentenaire imparfaite, paumée, qui ment et boit trop. C’est un personnage qui permet à l’actrice de s’amuser et de se sentir en confiance. C’est comme ça qu’on aime la voir jouer ! Pour prolonger ce mélange de monstre géant et de satire humaine, The Host (2006) de Bong Joon-ho est un très bon choix car il pousse encore plus loin le mélange des genres.
Dans une prison pour mineurs du Massachusetts, Eileen, jeune femme effacée et étouffée par un père alcoolique, se prend de fascination pour Rebecca Saint John, la nouvelle psychologue de l’établissement. Rebecca Saint John arrive dans Eileen (2023) comme si elle arrivait d’un autre film. Blonde, glamour, élégante, cigarette à la main, diction d’un autre âge : cette femme apparaît à Eileen comme une héroïne hollywoodienne perdue au milieu d’un Massachusetts grisâtre. Ici, Anne Hathaway n’a rien de naturel ou de simple. Elle surjoue, déborde de confiance et d'ego, se met en scène elle-même.
Le pari était risqué pour l’actrice, si forte quand elle doit être naturelle. Mais ici, son jeu fait froid dans le dos et impressionne. Quand le personnage perd un peu de sa maîtrise, Anne Hathaway en joue, tend son sourire, fait vaciller sa voix. Pour continuer dans cette fascination particulière entre deux femmes, Carol (2015) joue une partition plus douce et mélancolique, tandis que Pur-sang (2017), avec Anya Taylor-Joy - qui excelle dans ce registre - et Olivia Cooke, retrouve cette même élégance froide et cette tension psychologique avec de bonnes manières qui cachent quelque chose de malsain.
Journaliste débutante ignorant tout des diktats de la mode, Andy Sachs décroche par accident le poste d’assistante de la redoutable et tyrannique Miranda Priestly au très prestigieux magazine Runway. Dans Le Diable s’habille en Prada (2006), tout est là pour nous impressionner. Meryl Streep et ses catchphrases assassines, Emily Blunt et ses mimiques exaspérées, Anne Hathaway et son mélange de panique existentielle et de résilience à toute épreuve, et Stanley Tucci qui impose son sens parfait du tempo comique.
Ce rôle d’Andy Sachs était le rôle parfait pour que l’actrice puisse montrer ce qu’elle sait faire. Maladroite, parfois ridicule, en début de film, elle réussit à modifier sa façon d’être de parler au fil de l’histoire pour montrer son évolution et son assurance récemment acquise. On retrouve cette ambiance d’une femme qui essaie de survivre dans un monde professionnel verrouillé avec Working Girl (1988). Puis, comme joli contrechamp à Prada, Le Nouveau Stagiaire (2015) met en scène Anne Hathaway en patronne débordée d’une entreprise en plein essor, avec Robert De Niro en stagiaire senior.
Dans Brokeback Mountain (2005), Lureen Newsome épouse Jack Twist sans se douter qu’il est amoureux d’Ennis Del Mar. Anne Hathaway n’apparaît pas beaucoup à l’écran, mais elle arrive tout de même à marquer les esprits : d’abord jeune Texane vive, sûre d’elle et provocante, Lureen se referme sur elle-même au fil des années. Comme dans Le Diable s’habille en Prada, le grand talent de l’actrice ici est d’arriver à montrer l’évolution de son personnage grâce à sa voix et sa posture. Au milieu des performances immenses de Heath Ledger, Jake Gyllenhaal et Michelle Williams, elle arrive à mettre un personnage secondaire au premier plan dès qu’elle apparaît.
Tout culmine dans ce fameux appel téléphonique qui laisse entrevoir tant de choses avec son jeu à fleur de peau. Si vous aimez ces histoires d’amour impossibles, Seule la terre (2017) de Francis Lee avec Josh O'Connor est parfait. Les gestes, les silences, tous les non-dits, sont les éléments les plus bruyants de ce film qui se déroule dans le Yorkshire.
Dans la France du XIXe siècle, Jean Valjean, ancien forçat devenu maire sous une nouvelle identité, tente de mener une honnête vie tout en étant recherché par l'inépuisable inspecteur Javert. Lorsque Fantine, ouvrière renvoyée de son usine, lui confie sa fille Cosette avant de mourir, Valjean la prend sous son aile. Anne Hathaway n’apparaît que dans le premier acte des Misérables (2012), mais laisse sa marque indélébile. Son interprétation de I Dreamed a Dream, chantée en direct devant la caméra, est impressionnante. On entend ses imperfections, ses respirations, son sanglot.
Cette performance courte et brutale lui vaudra l’Oscar du meilleur second rôle. Je ne suis pas très souvent impressionné par les performances dans des comédies musicales. Je trouve souvent que la musique ajoute trop d’émotion et empêche les acteurs et actrices de se lâcher vraiment, mais là, j’ai adoré. C’est un peu comme Jennifer Hudson dans Dreamgirls (2006) ou Marion Cotillard, incroyable dans La Môme (2007).





























































