Tess, La Féline, Paris, Texas… Les 5 rôles inoubliables de Nastassja Kinski

Tess, La Féline, Paris, Texas… Les 5 rôles inoubliables de Nastassja Kinski

Öykü Sofuoğlu
Öykü Sofuoğlu

Publié le 03 juin 2026

Mis à jour le 04 juin 2026

Innocence, beauté, jeunesse… et tragédie : ce sont souvent les mots qui reviennent lorsqu’il s’agit de décrire les rôles les plus emblématiques de Nastassja Kinski. Fille de l’acteur aussi fascinant que violent Klaus Kinski, l’actrice a débuté sa carrière très jeune, avec toutes les implications que cette exposition peut avoir pour une adolescente de son âge.

La première image qui vient à l’esprit lorsqu’on pense à elle est sans doute celle de Paris, Texas (1984), le chef-d’œuvre de Wim Wenders. Pourtant, c’est dans Faux Mouvement (1975) que le cinéaste l’avait révélée au public. Les deux sont aujourd’hui en conflit, l’actrice ayant demandé durant de nombreuses années le retrait d’une scène du film dans laquelle elle apparaît nue à l’âge de treize ans : le réalisateur a finalement accepté de retirer le film de la circulation ce 3 juin, dans un communiqué de la Wim Wenders Foundation relayé sur les réseaux sociaux. « Étant la seule personne encore en vie responsable (...), je reconnais que Nastassja Kinski aurait dû être mieux protégée. Pour cela, je te présente mes excuses, Natassja, sans la moindre hésitation. »

« Les nombreuses réactions, commentaires et conversations de ces derniers jours ont joué un rôle majeur pour affiner ma comptréhension des événements sur venus à l'époque », ajoute le cinéaste. « J'en suis reconnaissant. Seul un dialogue ouvert et respectueux peut nous amener à reconsidérer nos positions et à prendre nos responsabilités. » La comédienne lui a répondu directement dans les commentaires, en allemand : « Wim, après tout cela, toutes ces années, c'est uniquement parce que le public s'est exprimé dans tant de journaux, tout comme mes collègues, et maintenant parce que des milliers de personnes, bien que je l'aie demandé pendant si longtemps, c'est uniquement maintenant grâce au public, que je lis ces mots de vous, W. Wenders, Nastassja, alors âgée de 13 ans dans le premier film Faux Mouvement ».

Malgré les difficultés qui ont jalonné sa trajectoire professionnelle -des problèmes qui ont également touché de nombreuses actrices de sa génération-, son visage demeure à jamais inscrit dans l’histoire du cinéma. Dans cette liste, je reviens justement sur quelques-uns de ses rôles les plus emblématiques, des performances qui dissimulent souvent une histoire plus sombre et complexe, mais qui mérite elle aussi d’être reconnue.

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Tess
Tess

Tess

1979

C’est évidemment difficile de parler de Tess (1979) sans évoquer son réalisateur très controversé, Roman Polanski. Notamment parce qu’il s’agit du premier film qu’il a réalisé après la fameuse affaire que je détaillerai pas ici. Le film possède également une dimension sombre, car le roman d’Urberville, sur lequel il est basé, lui avait d’abord été recommandé par sa femme, Sharon Tate, tragiquement assassinée : c’était d’ailleurs elle qui souhaitait incarner le personnage principal.

En tant qu’adaptation d’un roman historique, le style et le contexte du film diffèrent considérablement des récits d’horreur pour lesquels le cinéaste était jusqu’alors connu. L’histoire se déroule dans l’Angleterre du XIXème siècle et suit une jeune paysanne dont la famille découvre qu’elle descend d’une lignée noble nommée d’Urberville. Espérant qu’elle puisse faire valoir ce lien, ses parents l’envoient auprès de cette famille. Mais cette décision provoque toute une série de malheurs qui détruisent progressivement la vie de la jeune femme.

À l’égard de la performance de Nastassja Kinski, certains ont critiqué le choix de confier le rôle de Tess à une jeune actrice allemande dont l’accent anglais laissait parfois à désirer. Pourtant, comme dans plusieurs de ses autres films, la véritable force de son interprétation réside dans ses regards et ses gestes. Dans ce récit qui n’est pas dépourvu d’éléments problématiques, notamment le viol, Kinski incarne avec justesse et précision le sentiment de fatalité qui emprisonne le personnage. Tess demeure un film d’une beauté exquise sur le plan visuel, mais profondément lugubre dans sa représentation du destin de son héroïne, ainsi que par les questions éthiques qui entourent encore aujourd’hui son réalisateur.

Vous avez peut-être déjà entendu parler de cette comédie noire signée Neil LaBute. Cela ne m’étonnerait pas, car Entre amis et voisins (1998) est surtout connu pour être le premier film à avoir eu une page sur Rotten Tomatoes ! Mais au-delà de cet aspect anecdotique, le long métrage est véritablement un classique sous-estimé de la comédie noire, avec un accent particulier mis sur le thème de l’immoralité.

Dans la filmographie de Nastassja Kinski, Entre amis et voisins reste certes méconnu, surtout parce que l’actrice a souvent été associée à la fraîcheur et à la beauté de la jeunesse, alors qu’ici son personnage, Cheri, révèle une tout autre facette de sa personnalité. Le film se concentre sur les liaisons amoureuses et sensuelles entre trois hommes et trois femmes- Barry, Mary, Jerry, Terri, Cary et Cheri– progressivement marquées par la manipulation et la trahison. 

Cheri, le personnage incarné par Kinski, est l’assistante d’une galerie d’art qui entame une relation avec Terri. Même s’il s’agit d’une apparition relativement mineure par rapport à ses autres rôles, le magnétisme de l’actrice est incontestable. D’autant plus qu’il est rafraîchissant de la voir, pour une fois, non pas comme un objet de désir masculin, mais comme une femme sensuelle et mystérieuse qui satisfait les passions inassouvies d’une autre femme !

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Maria's Lovers

L’année 1984 est particulièrement importante dans la filmographie de Nastassja Kinski, puisqu’elle y livre l’une de ses performances les plus iconiques dans Maria’s Lovers (1984), un rôle souvent éclipsé par celui qu’elle interprète la même année dans Paris, Texas. Réalisé par Andreï Kontchalovski, Maria’s Lovers voit l’actrice incarner le personnage éponyme, amour de jeunesse d’Ivan, un ex-prisonnier de guerre qui retourne dans sa ville natale de Pennsylvanie après la Seconde Guerre mondiale.

Après leur mariage, Ivan se révèle incapable de consommer leur union, une situation qui le conduit progressivement -et finit par conduire Maria elle aussi- à l’adultère. Kinski se distingue d’abord par sa beauté éthérée, constamment vêtue de blanc et les cheveux tirés en arrière. Elle incarne avec justesse la dimension à la fois romanesque et sensuelle de son personnage. Entourée d’acteurs talentueux tels que John Savage et Robert Mitchum, elle impose une présence hypnotique qui marque durablement le film.

Celui-ci occupe d’ailleurs une place particulière dans la carrière de Kontchalovski puisqu’il s’agit du premier long métrage qu’il a réalisé aux États-Unis. Il n’est pas exagéré de penser que le rayonnement international de Kinski a contribué à attirer l’attention sur cette nouvelle étape de la carrière du cinéaste.

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La Féline
La Féline

La Féline

1982

On évoque souvent La Féline (1982) en lien avec la filmographie du cinéaste Paul Schrader ou en tant que remake du grand classique de Jacques Tourneur. Mais il devrait tout de même revenir à Nastassja Kinski de recueillir les lauriers de ce film, car à travers sa prestation dans le rôle d’Irena Gallier, elle parvient à livrer une interprétation plus nuancée de la personnalité de la version originale d’Irena, incarnée par Simone Simon.

On doit certes beaucoup des changements de tonalité du film à la plume de Paul Schrader, mais il ne faut pas oublier que Kinski -avec sa coupe de cheveux masculine, dont l’apparence frôle celle d’une garçon manqué- reflète l’esthétique et les standards de beauté qui allaient marquer les années 1980 et épouse ainsi parfaitement la touche moderne qu’apporte Schrader au récit. Dans la version de 1982, le cinéaste ajoute une nouvelle couche à la malédiction qui tourmente Irena à travers les liens familiaux.

Le personnage de Paul, son frère, qui ne cesse de la poursuivre, insistant sur le fait que seule une relation incestueuse entre eux pourrait empêcher leurs transformations en panthères noires, amplifie la noirceur psychosexuelle du film. Le sort d’Irena n’est pas moins tragique dans la version de Schrader, mais il relève davantage de son propre choix de se livrer à sa propre destruction -un changement bienvenu dans la lecture du personnage féminin, d’autant plus souligné par la performance poignante et passionnée de l’actrice.

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Paris, Texas

Certaines images cinématographiques restent ancrées dans nos esprits, soit par leur composition visuelle, soit par leur force émotionnelle, soit par les deux ensemble ; elles ne perdent jamais ni leur vivacité ni leur intensité. Pour moi, le visage de Nastassja Kinski apparaissant dans le miroir sans tain dans Paris, Texas (1984) en est certainement une. Le chef-d’œuvre de Wim Wenders est inoubliable à bien des égards, à commencer par les vastes paysages désertiques du Sud, la présence mutique de Harry Dean Stanton, la photographie sans égale de Robby Müller, mais pas seulement.

Les moments les plus mémorables restent ceux où Travis, personnage amnésique joué par Stanton, retrouve sa femme Jane, ému, dans un peep show. C’est dans cette fameuse scène du miroir sans tain, où Travis peut voir Jane mais où cette dernière ne peut voir que son propre reflet, que Nastassja Kinski devient une apparition -au sens propre du terme, car sa présence à l’écran, son look iconique avec son pull rose qui s’accorde avec la couleur de son rouge à lèvres, renforcé par ses regards fugaces et sa confusion émotionnelle, dépasse les limites d’un simple jeu de comédienne.

Je conviens que son personnage est marqué par une passivité un brin gênante, surtout au regard de la représentation féminine, mais c’est vraiment plus fort que moi. De la même manière que Naomi Watts et Laura Harring dans la scène du Club Silencio dans Mulholland Drive (2001), Kinski est ici transcendante : plus qu’une actrice, le film la transforme en icône du cinéma.

À propos de cette liste

Titres

5

Coût total de visionnage

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Durée totale

10h 51min

Genres

Drame, Comédie Romantique, Réalisé en Europe

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