Guy Ritchie repasse aux affaires pour nous sortir une origin story. Avec l'arrivée de la série Young Sherlock (2026) sur Prime Video, le sale gosse du cinéma britannique s’attaque aux jeunes années du détective le plus iconique de la pop-culture. Le personnage de Sir Arthur Conan Doyle a littéralement été préparé à toutes les sauces depuis l'invention même de la pellicule.
Du nanar au chef-d'œuvre, on a à peu près tout essuyé sur le célèbre locataire du 221B Baker Street. Parfois c’était excellent, parfois c’était terriblement décevant, et d’autres fois, c’était vraiment surprenant. Alors, avant de vous lancer dans cette nouvelle adaptation de Sherlock Holmes, je vous propose une petite revue des différentes versions du compère de Dr Watson.
Voici neuf relectures absolument incontournables, de l'hommage le plus respectueux à la relecture la plus surprenante, histoire de bien vous mettre à jour sur la créativité qu’inspire le personnage (c’est le héros de fiction le plus adapté de l’Histoire !). Rangez vos loupes et sortez le pop-corn, on passe en mode investigation.
Moriarty the Patriot (2020)
On ouvre le bal avec une adaptation plus que surprenante mais surtout très rafraîchissante. Moriarty the Patriot (2020) fait un pas de côté et inverse l’histoire en adoptant le point de vue du fameux « Napoléon du crime ». Dans cet anime, William James Moriarty est un anti-héros complexe et fascinant. C’est un justicier social radical, prêt à se mettre toute l’aristocratie victorienne corrompue à dos pour rebâtir un monde plus juste.
Cette série bouscule l’ordre établi et c’est fascinant. On se retrouve maintenant face à un Moriarty qui veut changer le monde, qui se bat pour la justice et contre la corruption, quitte à passer pour le grand méchant. Si vous commencez à faire une overdose de l'arrogance glaciale du Sherlock traditionnel, ce grand retournement psychologique va vous donner une grosse bouffée d'air frais. C'est une série qui prouve que ce vieil univers littéraire en a encore sous la pédale.
Le Secret de la pyramide (1985)
Bien avant que Guy Ritchie ne veuille mettre à l’écran la jeunesse du détective avec sa série, le duo Steven Spielberg (à la production) et Barry Levinson avait déjà eu cette brillante idée avec Le Secret de la pyramide (1985). Le film nous catapulte directement dans les couloirs austères d'un pensionnat britannique pour y découvrir les toutes premières armes d'un Sherlock encore adolescent. « Pour ne pas avoir d'ennuis, vous renonceriez à l'aventure ? », c’est la question posée par Sherlock à Watson qui résume parfaitement ce long métrage. C'est un cinéma d'aventure des années 80 pur jus, gorgé d'une naïveté et baigné dans une atmosphère mystérieuse qui flirte avec le fantastique tout en mettant la logique au centre de l’histoire. Le scénario est signé Chris Columbus et ça se sent. On y décèlerait presque les prémisses d’un Harry Potter qu'il réalisera 16 ans plus tard.
Il est important de noter que ce long métrage met en scène le tout premier personnage entièrement généré par ordinateur. Sans jamais trahir le matériau d'origine de Conan Doyle (mais en prenant pas mal de liberté), le film arrive parfaitement à transmettre l’esprit Sherlock Holmes. Le Secret de la pyramide, d’ailleurs appelé Young Sherlock dans son titre original, se veut être la genèse du détective. On y découvre sa rencontre avec Watson, mais également tous ses accessoires iconiques qui le rendront célèbre, de la fameuse casquette à double visière jusqu'à la pipe. Un vrai divertissement plein de charme qui nous donne le goût de l’aventure.
Sherlock Holmes (2009)
Impossible de parler de Young Sherlock de Guy Ritchie sans évoquer le diptyque qu’il a réalisé. Avec Sherlock Holmes (2009), le cinéaste balance le flegme britannique par la fenêtre pour nous imposer un Robert Downey Jr. surexcité, insolent, mais brillant. On y redécouvre un aspect trop souvent gommé des bouquins : oui, le détective était aussi un redoutable expert à la bagarre. Dans les livres, il est d’ailleurs expert en baritsu, un art martial développé en Angleterre. Face à ce choix assumé de faire un blockbuster d’action, certains hurleront à la trahison.
Personnellement ? J’ai du mal à me décider. Je suis fan de Sherlock et de ses différentes adaptations, et j’adore que le combat, ici présenté comme une science de déduction, soit au centre de l’histoire. De plus, Jude Law est convaincant en Watson. Cependant, je n’arrive pas à apprécier de voir le duo Holmes et Watson devenir les stars d’un buddy movie, qui se poursuit dans Jeu d’ombres (2011).
La Vie privée de Sherlock Holmes (1970)
Nous voici face à une adaptation qui ne pouvait que me plaire. Billy Wilder a décidé d’enlever de sa superbe à Sherlock Holmes et de le rendre faillible. Presque décevant, parfois. Avec La Vie privée de Sherlock Holmes (1970), Sherlock est plus humain. Fini le superhéros analytique : on découvre un homme rongé par la mélancolie, piquant à la cocaïne pour tuer l'ennui, misogyne par dépit et surtout, vulnérable.
Car le personnage de Conan Doyle n’est pas toujours tout rose et la pop culture a tendance à l’oublier. Le film est porté par un humour au vitriol, des dialogues vifs et intelligents, et un cynisme qui surprend. Billy Wilder arrive à nous faire ressentir la pression d’un homme, étouffé sous le poids de la légende fabriquée de toutes pièces par la plume de son colocataire, Dr Watson. Sherlock n’est pas si grand, si intelligent, si incroyable. Watson semble simplement vouloir le présenter au monde sous son meilleur jour.
Élémentaire, mon cher... Lock Holmes (1988)
On sort du tragique pour arriver au comique. Élémentaire, mon cher... Lock Holmes (1988) part d’une idée géniale, presque méta avant l'heure : le détective plus intelligent que tous est en fait le docteur Watson (incarné par Ben Kingsley). Mais pour rester discret, il est forcé d’inventer un personnage. Il embauche alors Reginald Kincaid, un acteur de théâtre raté, alcoolique notoire et complètement bête (joué par Michael Caine en roue libre), pour endosser publiquement le costume de Sherlock Holmes.
Watson est ici le génie de l’ombre, frustré face à sa marionnette imbécile sous le feu des projecteurs. Il est tellement dépassé par sa propre création qu’on ne peut que penser à Sir Arthur Conan Doyle qui n’a jamais réussi à se dépêtrer de son personnage et se faire connaître pour autre chose. Ici, l’humour est magnifiquement britannique, avec Caine qui balance des déductions complètement fumeuses avec aplomb, pendant que Kingsley ne peut s’empêcher de lever les yeux et soupirer de désespoir. On croirait presque voir Mr Bean avec une pipe et un chapeau.
Dr House (2004-2012)
J’entends déjà celles et ceux qui voient Dr House dans cette liste et se disent qu’on raconte vraiment n’importe quoi à JustWatch. Oui, c’est une série médicale, mais c’est avant tout une série de déductions, et une véritable relecture du détective britannique. Le créateur David Shore a transposé l'essence du sociopathe fonctionnel victorien dans les couloirs stériles d'un hôpital du New Jersey. Le détective devient Gregory House (Hugh Laurie, monstrueux de cynisme), Watson se transforme en docteur Wilson, et l'addiction à la cocaïne est troquée contre des pilules de Vicodin. Poussons la comparaison encore plus loin : House habite à l’appartement B, Baker Street, à Princeton, alors que Sherlock habite 221B Baker Street à Londres.
La seule différence que nous pouvons noter est que, au lieu de traquer des tueurs en série dans la brume londonienne, Dr House piste des pathologies mortelles rarissimes. La scène du crime devient le patient et l’enquête policière se métamorphose en un diagnostic clinique aussi cynique qu’impitoyable. Au travers des 8 saisons, on décortique la misanthropie maladive du brillant docteur comme si être incroyablement intelligent était une malédiction qui ne peut qu’isoler. C’est l’occasion d’observer Sherlock Holmes à travers un nouveau prisme. Un prisme très bien écrit.
Le Chien des Baskerville (1959)
On retourne aux fondamentaux de Conan Doyle, mais avec une approche un peu plus macabre que dans le livre. Lorsque l’on voit au générique du Chien des Baskerville (1985) que c’est le studio Hammer (le légendaire studio britannique roi de l'épouvante) qui se cache derrière ce film, on se doute que le roman policier classique va basculer dans l’horreur gothique.
Tout y est pour retranscrire une ambiance sombre et macabre : la musique angoissante, la brume, les masques, le château qu’on croirait hanté, le jeu des acteurs et l’époque victorienne propice à une ambiance glauque. Le film a beaucoup vieilli (mais on ne peut pas lui en vouloir), le regarder pour la première fois aujourd’hui peut donc s'avérer quelque peu soporifique. Cela n’empêche pas le long métrage d’être une très bonne adaptation du roman sorti en 1902.
Sherlock Holmes (1984-1994)
Face à toutes ces adaptations qui prennent quelques libertés, il fallait bien s’incliner un moment devant le purisme absolu. La série Sherlock Holmes de 1984 reste la bible télévisuelle pour la communauté Holmesienne intransigeante. Produite par la chaîne Granada Television, la série se donne pour défi d’être aussi fidèle à l’œuvre littéraire d’origine que possible, que ce soit dans l'histoire que dans les décors victoriens. Voir ce programme nous en dit long sur la maniaquerie obsessionnelle probable de Michael Cox et June Wyndham-Davies, les deux producteurs.
Jeremy Brett campe le détective britannique à la perfection. Il ne se contente pas de jouer ou d’imiter le personnage, il semble être, profondément, cet homme lunatique, presque bipolaire avec une diction froide et incisive, des yeux perçants, un regard. Il compense à lui seul la mise en scène un peu trop statique et théâtrale pour nos yeux modernes. Il faut dire que l’acteur souffrait réellement de troubles bipolaires et d’autres problèmes de santé qui le fatiguaient lourdement, ce qui se ressent cruellement dans les dernières saisons. Le show s’essouffle, la production commence à rencontrer des problèmes, et les dernières saisons perdent de leur intérêt. Malgré cela, la série est incontournable.
Sherlock (2010-2017)
La meilleure adaptation à mes yeux, et aux yeux de beaucoup de fans, est d’une évidence presque insolente. Il fallait oser : transposer un détective de l’époque victorienne associé à sa calèche et sa pipe dans le Londres des GPS, des smartphones et des blogs, c'est sacrément culotté. Pourtant, les créateurs de Sherlock (2010-2017), Steven Moffat (à qui l’on doit certaines des plus belles saisons de Doctor Who) et Mark Gatiss, ont parfaitement réussi leur coup. Les intrigues sont présentées à un rythme frénétique, avec une mise en scène audacieuse qui réussit à matérialiser visuellement la mécanique mentale du détective. Devant la caméra, la magie opère à 100%. Benedict Cumberbatch et Martin Freeman trouvent une alchimie qui donne une énergie électrique à la série, et réussissent à délivrer l’humour vache à la perfection.
J’ai tendance à juger une adaptation de Sherlock Holmes très rapidement (à tort, sans doute), et la scène de rencontre entre Holmes et Watson est primordiale dans mon jugement. C’est LE moment qui nous permet de découvrir la personnalité et le talent de Holmes, qui se vante de tout connaître de Watson sans même l’avoir préalablement rencontré. Cette scène, dans le livre Une étude en rouge, est magnifiquement écrite. J’ai adoré ce passage dans Le Secret de la pyramide, mais je l’ai trouvé fascinant dans cette nouvelle adaptation. Benedict Cumberbatch arrive à passer pour un sale gosse surdoué insupportable qui a juste envie de faire le show et montrer l’étendue de son intelligence. La série finit par s'essouffler un peu, mais les premières enquêtes sont des chefs-d'œuvre d’écriture. Comme quoi, réadapter un personnage classique à une époque moderne, ça peut faire mouche. On a d’ailleurs pu le voir avec Lupin (2021) plus récemment.


























































































































