
One Piece et les 8 adaptations live-action d'anime et de manga qui brisent la malédiction
Adapter un manga ou un anime en live-action est un numéro d’équilibriste. Essayez de reproduire l'œuvre à l’identique et on se retrouve avec l’équivalent d’un cosplay caricatural. Prenez trop de liberté, et tout ce qui faisait le charme de l’histoire disparaît. Vous vous souvenez de Dragonball Evolution (2009) ? Un traumatisme, un naufrage même, dû à une occidentalisation à outrance qui tentait de compresser 50 tomes de manga dans un banal blockbuster hollywoodien. Une horreur.
Depuis, le vent a tourné. Les studios semblent avoir enfin trouvé la recette : adapter ne veut pas dire singer bêtement, occidentaliser une œuvre japonaise, ou chercher à tout prix à plaire au public le plus large possible. Aujourd’hui, on voit débarquer des projets ambitieux qui réussissent à briser ce plafond de verre. Comment ? Les studios choisissent les formats sériels pour laisser respirer l’histoire, impliquent les créateurs originaux pour garder l’âme de l'œuvre, et s’entourent d’un casting de passionnés pour que l’esprit des personnages reste le plus fidèle possible.
Les titres ci-dessous ont réussi à adapter sans trahir. Certains misent sur le grand spectacle, d’autres essaient d’être aussi fidèles que possible, et d’autres encore prennent de vraies libertés pour réinventer sans perdre l’âme. Tout n’est pas parfait, mais presque.
J’étais le premier à m’inquiéter quand Netflix a annoncé une adaptation de One Piece (1999-), l’œuvre d’Eiichiro Oda, alors que j’étais à peine remis du massacre de Cowboy Bebop (2021). Et pourtant, l’adaptation One Piece (2023-) est une franche réussite ! Les showrunners ont fait le meilleur choix possible : demander à Oda de participer, et laisser le projet dans les mains des fans. Iñaki Godoy crève l’écran en incarnant Monkey D. Luffy avec un optimisme contagieux (même s’il a tendance à en faire un peu trop). On sent que le casting est passionné : le meilleur exemple est Taz Skylar qui a voulu apprendre à faire tous les mouvements de Sanji lui-même pour éviter la doublure au maximum !
Autre coup de génie : avoir mis le paquet sur des décors incroyables (les bateaux sont réels !), loin des approximations numériques habituelles. Évidemment, il y a toujours de quoi pinailler, avec des chorégraphies de combat qui sont parfois rigides et qui manquent d’impact et quelques effets spéciaux un peu bizarres. Mais, ce seront des points qui pourront être améliorés dans les prochaines saisons. Ici, l’essentiel est sauvé : l’âme fraternelle et libertaire de l’équipage au Chapeau de Paille transpire à chaque plan. C’est coloré, généreux, épique et émouvant. Une aventure feel-good qui ne prend pas les spectateurs pour des idiots.
Je pense honnêtement que Speed Racer (2008) est un grand malentendu des années 2000. Boudé et regardé de haut à sa sortie, c’est en réalité une pépite visionnaire des sœurs Wachowski qui mérite une réhabilitation d'urgence. Au lieu de chercher à « normaliser » l’anime de départ ou à le rendre réaliste, les réalisatrices ont pris ses extravagances à bras-le-corps. Elles ont littéralement inventé un nouveau langage visuel pour transposer l'énergie frénétique de l’animation japonaise à l’écran.
Le résultat est une agression de nos rétines totalement assumée, un kaléidoscope où les couleurs, les mouvements, les décors, et les accélérations sont poussés jusqu’à saturation. Autant vous dire que les transitions ne seront jamais enseignées dans les écoles de cinéma ! Tout est too much, ça en devient épuisant… mais c’est justement là que se trouve l’âme de Speed Racer, à mi-chemin entre le film d’animation Redline (2009) et l’énergie de Scott Pilgrim (2010), le bijou d’Edgar Wright ! Derrière tout ce panache pop-art qui ferait griller les pixels de votre TV se cache un message profondément anticapitaliste. Si vous cherchez un grand huit visuel avec de la profondeur, sautez sur le film. Si vous voulez du réalisme, passez votre chemin.
Grâce à One Piece, le monde des adaptations a clairement passé un cap. Mais, si l’on gratte un peu, on s'aperçoit que Kenshin le vagabon (2012) est le film qui a établi la recette de la réussite. Le réalisateur Keishi Ōtomo nous livre ici un authentique film de samouraïs : nerveux, violent, mais pas seulement. Le film ne réduit pas Kenshin à un simple épéiste cool, il garde sa fatigue morale, sa culpabilité, sa douceur, mais aussi de sa superbe. Les combats sont chorégraphiés avec précision, ils ont de l’élan, du nerf, ça tranche, ça virevolte. On aurait parfois presque l’impression de revoir le combat entre Neo et Morpheus dans Matrix (1999).
Le plus impressionnant, c’est que l'ensemble tient remarquablement bien la route dans la durée. En effet, cinq films Kenshin le vagabond sont sortis depuis 2012, et le réalisateur Keishi Otomo peut se vanter d’avoir fait le Grand Chelem. Cinq films à voir absolument, autant pour les fans de l’anime que pour celles et ceux qui ont aimé Zatōichi (2003) ou tout autre film de sabre.
Parasyte est, selon moi, l’un des meilleurs anime. Tout aussi passionnant à regarder qu’à écouter puisque l’action y est intense, mais les nombreuses conversations philosophiques se dévorent comme un bon podcast. Alors comment adapter tout cela sans se casser la figure ? Plutôt que de recycler la même intrigue que l’œuvre culte de Hitoshi Iwaaki, le réalisateur Yeon Sang-ho (Dernier train pour Busan, 2016) nous livre une approche très maligne. Avec Parasyte: The Grey (2024), on oublie le remake fidèle pour faire un pas de côté : on voit la silencieuse invasion extraterrestre se dérouler dans un tout autre contexte : des personnages différents, en Corée du Sud plutôt qu’au Japon.
Voir des visages se transformer en tentacules géantes nous fait entrer dans l’univers glauque du body-horror. Sous les litres d’hémoglobine, la série prend ce virage philosophique que j’aime tant dans l’original et questionne notre propre humanité avec beaucoup de cynisme. The Grey ne pousse pas à la remise en question aussi intensément que l’anime, sans doute par manque d’épaisseur psychologique de certains personnages, mais le rythme est effréné et l’intrigue est intelligente. Les fans de conversations profondes qui voudraient continuer les remises en question existentielles seront passionnés devant Psycho Pass (2012) qui ne cesse de faire référence à Bourdieu et Foucault.
Avant que toute la planète ne se découvre une nouvelle passion pour les survival games à la Squid Game (2020-2025), le réalisateur Shinsuke Satō a sorti une petite bombe d’angoisse sur nos écrans. Alice in Borderland (2020-) adapte le manga de Haro Aso avec succès. Le postulat de départ ? Une poignée de personnes se réveille dans un Tokyo post-apocalyptique et totalement déserté, forcée de participer à des jeux mortels pour prolonger leur espérance de vie de quelques jours. La tension est constante, et une boule au ventre s’installe dès le premier épisode. Les énigmes et les jeux sont tordus, on se surprend à s’attacher à ces personnages, sachant pertinemment qu’ils peuvent mourir de la pire des manières à la prochaine épreuve.
Ce que j’aime particulièrement, c’est qu’un mystère réside : qui se cache derrière ces jeux ? Pourquoi Tokyo se retrouve soudainement déserté ? Au fil des épisodes, les questions s’accumulent sans forcément y trouver de réponses. Au final, on se retrouve dans le questionnement constant, sans savoir qui va survivre, et sans savoir où va l’histoire. Cette immense zone d’ombre marche parfaitement avec le genre de jeu de survie. On retrouve cette même sensation dans Gantz (2004) ou Battle Royale (2000)
Beaucoup l’ignorent, mais Old Boy (2003), ce chef-d'œuvre absolu de Park Chan-wook, tire ses origines d’un manga éponyme assez méconnu. Ici, il est clair que le réalisateur s’est totalement approprié le matériau d’origine pour le transcender. L’intrigue nous jette dans les pas d’Oh Dae-su, un père de famille ordinaire mystérieusement enlevé et séquestré pendant quinze longues années, sans la moindre explication. Un jour, il est relâché, brisé, et se lance dans une quête de vérité sanglante. Cette histoire de vengeance obsessionnelle prend aux tripes et nous installe dans un malaise assez étrange à ressentir, jusqu’à nous traumatiser et à nous hanter lors de sa révélation finale.
Si l’adaptation doit beaucoup au réalisateur (on pense au plan-séquence de la scène de baston dans le couloir), le succès est aussi en grande partie à mettre au crédit de Choi Min-sik qui livre une performance tout simplement monumentale, presque animale. C’est l’un des meilleurs thrillers psychologiques, à voir absolument au moins une fois. Old Boy s’inscrit dans la trilogie de la vengeance de Park Chan-wook, au milieu de Sympathy for Mr. Vengeance (2002) et Lady Vengeance (2005), à ne surtout pas manquer.
Erased (2017) est une réussite en manga, en anime (2016) et en série. Le strike ! On comprend vite pourquoi lorsque l’on voit l’histoire : Satoru, un jeune mangaka doté du pouvoir de remonter le temps de quelques minutes pour empêcher des accidents, se retrouve soudainement projeté dix-huit ans en arrière, piégé dans son corps d’écolier. Il doit alors empêcher une série de kidnappings et de meurtres dont ses camarades de classe ont été victimes.
L’atmosphère est glaciale, typique des polars nippons, et magnifiée par un décor enneigé de la région d'Hokkaidō. Si j’ai adoré l’anime, il faut tout de même avouer que la série en prises de vue réelles accepte de prendre son temps pour rester fidèle au dénouement imaginé par Kei Sanbe. Un thriller temporel qui pourrait nous rappeler Dark (2017), la série allemande qui a retourné le cerveau des abonné.es Netflix..
Alita : Battle Angel (2009) est le bébé de l’alliance inattendue entre James Cameron et Robert Rodriguez. Un blockbuster cyberpunk qu’on attendait au tournant mais qui a finalement agréablement surpris. Alita est une cyborg amnésique reconstruite par le docteur Ido. Dotée d’un corps mécanique redoutable et de capacités à combattre surpuissantes, la jeune fille est en quête d’identité dans une société ultra violente.
Déjà, on apprécie la fidélité à l’œuvre de Yukito Kishiro, et le courage qu’il fallait pour prendre la décision d’animer le visage de l’héroïne avec des yeux disproportionnés. Mais, il faut bien avouer que tout marche assez bien. L’actrice, Rosa Salazar, endosse parfaitement son rôle, et la brutalité en toile de fond est convaincante. Les séquences d’action sont de vrais spectacles et visuellement le film est magnifique. Il n’y a aucun moment d’ennui, et c’est un plaisir de regarder un blockbuster qui décide de bien faire, de prendre son temps, et de rester fidèle au matériel source. Malgré tout cela, un défaut subsiste : où est la suite ? Gunnm (le titre du manga en japonais) est une référence dans l’univers cyberpunk, et le film arrive tout à fait à s’ancrer dans les héritages de ce genre, mais la fin du film était un peu trop brutale et on en attend plus. Le côté cyberpunk me donne envie de revoir Ghost in the Shell (1995) alors que le tout CGI me dirige plutôt vers Ready Player One (2018).















































