
Man on Fire : avant la série Netflix, trois autres adaptations à (re)découvrir !
Man on Fire. L’homme de feu. Derrière ce titre efficace et brûlant se cache un personnage brisé, consumé par l’alcool, la culpabilité et les démons de son passé. Un homme vengeur aussi, alors que la petite fille qu’il est chargé de protéger -et qui est en quelque sorte l’étincelle qui rallume son âme- est enlevée par des criminels. Un homme en pleine rédemption, enfin, alors que sa quête vengeresse est un véritable baptême par le feu -et les armes à feu- pour sauver l’enfant et se sauver lui-même par ailleurs. Man on Fire, une histoire qui traverse nos écrans depuis quarante ans… et qui est née dans un roman.
Man on Fire, le roman
Le roman Man on Fire, traduit en France par L’homme de feu, est publié en 1980 par Philip Nicholson, sous le pseudonyme de A.J. Quinnell. Dans ce premier livre fortement nourri des enlèvements mafieux survenus durant les années 70, l’écrivain britannique met en scène Creasy, un ancien soldat de la Légion Etrangère devenu mercenaire, qui retrouve goût à la vie aux côtés de Pinta, la petite fille italienne qu’il est chargé de protéger. Quand celle-ci est kidnappée par la mafia italienne et retrouvée morte et violée, il se lance dans une croisade sanglante visant à éliminer tous ceux qui ont été impliqués de près ou de loin dans ce drame. Succès immédiat, le roman devient un best-seller vendu à plusieurs millions d’exemplaires, notamment au Japon où les lecteurs apprécient fortement ce anti-héros aux allures de samouraï moderne. A.J. Quinnell écrira quatre autres romans autour du personnage (The Perfect Kill, 1992 ; The Blue Ring, 1993 ; Black Horn, 1994 ; Message from Hell, 1996), et il travaillait sur une histoire prequel au moment de son décès en juillet 2005.
Quand il écrit son roman, A.J. Quinnell imagine son Creasy avec un physique à la Robert Mitchum. C’est le plus émacié Scott Glenn qui donne vie au personnage dans Man on Fire (1987), devant la caméra d’un réalisateur français : Elie Chouraqui. Remarqué pour Paroles et musique (1984), le cinéaste est préféré à Tony Scott (!) -dont je reparle juste après- pour mettre en scène ce thriller froid et impitoyable qui oscille entre drame intimiste et film de vengeance et dans lequel il injecte une patte logiquement très européenne au cœur d’une Italie inhospitalière. Si l’auteur sera assez réservé sur le rendu final, la critique loue l’interprétation mutique de Scott Glenn, le casting (on y croise Joe Pesci, Danny Aiello, Jonathan Pryce, Laura Morante et la jeune Jade Malle) et la volonté d’Elie Chouraqui de ne pas céder aux clichés de l’action made in Hollywood. Si le succès du film n’a pas dépassé le cercle des initiés (moins de 400 000 entrées en France), le long métrage a clairement inspiré Taken (2008) et son agent impitoyable aux compétences très particulières.
Tony Scott était très intéressé pour adapter le roman en 1987. Mais l’échec commercial de son premier long métrage, Les Prédateurs (1983), amène les producteurs à écarter le cinéaste britannique. Il lui faut attendre dix-sept ans pour avoir à nouveau sa chance, grâce au producteur Arnon Milchan, à l'œuvre sur les deux adaptations et qui a gardé la main sur les droits pour permettre cette nouvelle version. C’est ainsi qu’un Man on Fire (2004) plus musclé voit le jour, avec Denzel Washington en Creasy chargé de protéger la jeune Dakota Fanning et une action délocalisée au Mexique. Porté par le style unique de Tony Scott (montage clippé, images saturées, rythme intense), le film s’impose comme un sommet du film de vengeance, porté par un Denzel Washington magistral (« Le pardon ça se passe entre eux et Dieu, moi je me charge de faire les présentations »), dont ce rôle d’ange de la mort impitoyable infusera par la suite dans la trilogie Equalizer (dont le troisième opus réunira d'ailleurs le comédien et Dakota Fanning en Italie). Je me souviens avoir été soufflé par certaines séquences (le découpage de doigts dans la voiture, la bombe anale), où le anti-héros ne recule devant aucune torture dans son enquête vengeresse. « Son art, c’est la mort… et il s’apprête à peindre son chef-d'œuvre » lance fort à propos Christopher Walken en parlant de son ami. La réplique pourrait sembler (très) kitsch : ici, elle est terrifiante.
Entre adaptation du roman et remake de Man on Fire, le film indien Ek Ajnabee (2005, qu’on peut traduire par Un Étranger en français) transpose la même histoire dans un contexte asiatique, avec un personnage principal revisité en ancien colonel de l’armée indienne et une vengeance musclée (mais quand même un peu musicale) menée dans les bas-fonds de Bangkok. Lancé dans la foulée du succès du long métrage de Tony Scott, Ek Ajnabee en reprend les points forts, que ce soit au niveau du récit (la scène finale d’échange sur le pont et le destin du personnage, par exemple) ou de l’imagerie qui reprend le style clipesque de la production américaine. La grande force du film, qui crée un pont entre Bollywood et Hollywood, c’est l’interprétation de la légende Amitabh Bachchan : il fallait bien quelqu’un de sa stature pour reprendre le costume de Denzel Washington, et il impressionne par sa capacité à incarner la mélancolie du personnage comme les séquences musclées, tout en injectant beaucoup d'émotions dans sa relation avec la jeune Rucha Vaidya. Dans le même genre « thriller revisité par Bollywood », vous pouvez jeter un œil à Zinda (2006) qui est le remake de Old Boy, Ghajini (2008) inspiré de Memento, Rocky Handsome (2016) qui revisite The Man From Nowhere ou Kaante (2002) qui reprend la trame de Reservoir Dogs.
Depuis ses débuts dans The Get Down (2016) et The Greatest Showman (2017), je suis avec attention le parcours de Yahya Abdul-Mateen II. Devenu rapidement un visage qui compte à Hollywood (on l’a vu dans Aquaman, Watchmen, Les Sept de Chicago, Candyman, Matrix Resurrections…), il n’a pas encore explosé auprès du grand public. Et je sens que 2026 pourrait bien être son année : après avoir brillé dans l’étonnante série Marvel Wonder Man, le comédien américain va donc devenir le nouveau Creasy de Man on Fire qui débute le 30 avril sur Netflix. L’approche sérielle devrait permettre de prendre le temps de creuser les failles, les démons et la rédemption du personnage, mais aussi de décliner ses « aventures » vengeresses sur plusieurs saisons pour adapter les romans de A.J. Quinnell, comme Prime Video l’a fait avec Reacher (2022-). Remarqué avec Creed II et Transformers: Rise of the Beasts, le réalisateur Steven Caple Jr. a défini le ton et la grammaire du programme en huit épisodes, sur lequel Yahya Abdul-Mateen II garde un œil vigilant et impliqué en tant que producteur aux côtés du showrunner Kyle Killen (Awake, Halo). L’ambition est grande : offrir à la plateforme sa nouvelle série musclée… et parvenir à rivaliser avec le film de Tony Scott/Denzel Washington. Je crois en toi, Yahya !





























