
Jack Ryan : tous les films et séries sur le héros de Tom Clancy dans l'ordre
Dans le petit monde de l’espionnage, il y a James Bond (qu’on ne présente plus). Il y a l’intrépide Ethan Hunt, alias Tom Cruise dans la franchise Mission:Impossible. Il y a les so british membres de Kingsman, emmenés par Colin Firth et Taron Egerton. Il y a Xander Cage, l’agent secret improvisé de la saga xXx avec Vin Diesel. Il y a les hilarants OSS 117, Austin Powers et Johnny English. Et il y a un héros discret mais passionnant, qu’on oublie souvent mais qui a traversé quatre décennies de cinéma : Jack Ryan, analyste de la CIA de son état, imaginé par le romancier Tom Clancy à travers quinze romans publiés entre 1984 et 2012. Pour JustWatch, je vais rouvrir le dossier Ryan, qui a eu d’illustres interprètes à l’écran.
Après Predator (1987) et Piège de Cristal (1988), John McTiernan, l’un des maîtres de l’action moderne, s’empare du héros de Tom Clancy pour À la poursuite d’Octobre Rouge (1990), où le commandant d’un sous-marin soviétique top-secret profite d’un exercice pour passer à l’Ouest et rejoindre le camp américain. Pendant que son État-Major tente de faire croire que le renégat menace les Etats-Unis pour amener la Marine US à le couler, seul l’analyste de la CIA Jack Ryan comprend les intentions de l’officier. Une course contre la montre s’engage alors pour éviter le pire…
La mise en scène de « McT » fait des merveilles dans cet environnement claustrophobique, la complexité du scénario n’est jamais sacrifiée au profit de l’action, la musique de Basil Poledouris est mémorable et le casting est impressionnant. Sean Connery, Scott Glenn, Sam Neill, Tim Curry, Stellan Skarsgård et James Earl Jones entourent Alec Baldwin qui incarne un Ryan un peu gauche, peu à l’aise sur le terrain, et qui va s’improviser héros en chemise-cravate. Cette première adaptation est couronnée de succès avec 200 millions de dollars au box-office et un Oscar, consacrant les techno-thrillers. A poursuivre avec USS Alabama (1995), K19 le piège des profondeurs (2002), Le Chant du Loup (2019) et surtout le chef d'œuvre Le Bateau / Das Boot de Wolfgang Petersen (1981).
Si le roman Patriot Games / Jeux de Guerre (1987) a été publié après Octobre Rouge (1984), son intrigue se déroule avant les événements liés au sous-marin. Pourtant, le film Jeux de Guerre (1992) va en faire une suite directe avec un Jack Ryan plus âgé et père de famille. Ce changement majeur -qui n’a beaucoup plu à Tom Clancy- permet d’expliquer pourquoi Harrison Ford reprend le rôle du héros, dans une posture plus apaisée et confiante (l’analyste a désormais de la bouteille) et avec une approche plus quotidienne alors que sa famille se retrouve directement menacée par le frère d’un membre de l’IRA qu’il a abattu.
Comme dans Air Force One (1997) et son Président capable de se retrousser les manches pour devenir un héros d’action, le long métrage, signé Phillip Noyce, lorgne plus vers le film grand public que vers le techno-thriller subtil. Ce qui a sans doute en partie contribué au départ d’Alec Baldwin et de John McTiernan (les sources diffèrent sur l'éviction des deux hommes). La continuité avec le Ryanverse est incarnée par James Earl Jones, qui retrouve le rôle de l’Amiral Greer, mentor et soutien de Jack Ryan. Le reste de la distribution est une nouvelle fois de grande qualité (Anne Archer, Thora Birch, Sean Bean, Samuel L. Jackson, Richard Harris, Patrick Bergin…) et le film propose l'une des toutes premières scènes de guerre (glaçante) « vue par satellite », mais on peut regretter la simplification du propos et du conflit irlandais au profit d’une histoire de vengeance.
Malgré un accueil moins favorable au box-office, la saga se poursuit avec Harrison Ford. Deux ans plus tard, la star retrouve le costume de Jack Ryan dans Danger Immédiat (1994) où l’analyste a pris du galon. Il se retrouve alors à la tête de la CIA et pris entre les cartes des narcotrafiquants colombiens et des barbouzeries fomentées depuis le plus haut sommet de l’Etat sans qu’il n’en soit averti. Tout en manœuvrant pour dénoncer les agissements de son administration, il se lance dans une mission de sauvetage pour libérer un commando capturé par les cartels…
Le film, qui s’inscrit dans une tonalité à la Traffic / Sicario, navigue entre l’univers bureaucratique de la Maison-Blanche et l’enfer vert de la jungle sud-américaine, entre le techno-thriller et le film d’action, avec un Harrison Ford alors au sommet de sa carrière. Le comédien s’illustre ici notamment dans une scène de hacking sous haute tension et un face-à-face mémorable face au Président des Etats-Unis, incarné par Donald Moffat, dont les sous-entendus sur la nécessité de couvrir les manigances du pouvoir américain heurtent au plus haut point notre héros. A noter qu’on découvre ici John Clark sous les traits de Willem Dafoe : l’allié de Jack Ryan sera campé par la suite par Liev Schreiber (La Somme de toutes les peurs) et Michael B. Jordan (Sans aucun remord).
Difficile de passer après un acteur de la stature d'Harrison Ford. C’est un jeune Ben Affleck, fraîchement propulsé star montante d’Hollywood après Armageddon et Pearl Harbor, qui s’y colle dans La Somme de toutes les peurs (2002) qui prend des allures de reboot, en rajeunissant Jack Ryan. On découvre le personnage à ses débuts d’analyste dans les bureaux de la CIA, alors qu’il est très peu enclin à se rendre sur le terrain et qu’il n’a pas encore le parcours et la crédibilité nécessaires pour pouvoir s’imposer face à des interlocuteurs avec plus d’expérience. Parmi eux, il y a Morgan Freeman qui prend le rôle de patron de la CIA et de mentor, entre gravité et bienveillance.
« 27 000 armes nucléaires, l’une d’elles a disparu » annonce l’affiche, alors qu’un groupuscule néo-nazi s’est emparé d’une arme des destruction massive pour provoquer un attentat sur le sol américain. Chose assez rarissime dans le cinéma hollywoodien, la menace n’est pas contrecarrée et on assiste à une explosion atomique sur Baltimore, dans une séquence tendue et impressionnante. Encore plus quand on sait que le film est sorti peu après les attentats du 11 septembre 2001. Et en même temps, rien d'étonnant : à chaque fois que Ben Affleck traîne quelque part, c’est un astéroïde, des kamikazes japonais ou une bombe qui enflamment les alentours ! Le comédien ne démérite pas dans le rôle, mais il est un peu trop jeune et propret pour convaincre totalement. Ce reboot n’ira donc pas plus loin.
Les studios laissent passer quelques années avant de donner une nouvelle chance au personnage. Ce sera dans The Ryan Initiative (2014) où Chris Pine redonne vie à Jack Ryan mais dans une histoire originale, pensée comme une origin story capable de lancer une franchise moderne autour du personnage, à la manière de ce que Casino Royale a fait avec James Bond. C’est l’insaisissable Kenneth Branagh, aussi à l’aise chez Shakespeare, Marvel et Agatha Christie que chez Tom Clancy, qui se charge de mettre en scène le projet, qui s’intéresse à une nouvelle forme de terrorisme : la manipulation des économies.
Jack Ryan s’y voit confier sa première mission : enquêter sur une organisation financière suspecte dirigée par un oligarque russe (d’ailleurs campé par Kenneth Branagh). Il est épaulé par Keira Knightley et Kevin Costner qui, pour l’anecdote, avait décliné le rôle de Jack Ryan à la fin des années 80 pour se concentrer sur son chef d'œuvre Danse avec les loups. Malgré ce casting alléchant, le film connaît un parcours modeste en salles : Tom Clancy reste assez niche, Chris Pine n’a pas vraiment un statut de star… et la saga Jason Bourne est passée par là dix ans avant pour dynamiter le genre. Le film est donc, de fait, « oubliable ». Et oublié.
Cette fois, c’est la bonne ! En adoptant le format série, Jack Ryan (2018-2023) a un terrain de jeu idéal à sa disposition. Pas de pression « blockbusterisante », un public défini et fidèle, la capacité de suivre l’évolution de carrière du personnage (dans les romans, il commence analyste et termine Président des Etats-Unis !) au fil des saisons. Son nouveau visage sera celui de John Krasinski, dont l'allure de « guy next door » aussi à l'aise derrière un ordinateur que sur un champ de bataille sied parfaitement au héros imaginé par Tom Clancy. Même si la série se permet des histoires originales, elle est totalement imprégnée de l’esprit de l’auteur américain.
La grande force du show, c’est sa capacité à réinventer la figure de Jack Ryan dans un contexte géopolitique moderne : on a quitté les enjeux de la Guerre Froide, et on enquête avec le personnage au sein d’un environnement où se croisent terroristes, narcotrafiquants, drones, menaces numériques… Si chaque saison se déplace dans un environnement différent, avec une direction artistique et une colorimétrie dédiée, le cœur du show s’ancre sur la relation entre Jack et son mentor James Greer (Wendell Pierce). Comme Homeland, Slow Horses et Le Bureau des Légendes, c’est un incontournable de l’espionnage moderne, qui s’est achevé après quatre saisons et trente épisodes. Mais…












































