
Zootopie et 6 films Disney qui ont failli être bien plus sombres !
Disney a construit sa réputation sur la magie, la joie, les chansons entraînantes et les histoires d’amour qui finissent bien. Mais, parfois, derrière les sourires et les personnages secondaires rigolos, les origines de certains monuments de l’animation sont bien plus sombres qu’on l’imagine…
Entre les contes cruels, les traumatismes et les changements de dernière minute, dès que l’on « soulève le capot », on prend ainsi conscience que tout n’est pas bonheur et papillons dans les coulisses du studio aux grandes oreilles. Dans cette sélection, j’ai voulu gratter cette surface.
Pour JustWatch, je revisite sept classiques du studio qui, l’air de rien, racontent des histoires bien plus sombres qu’on pourrait le penser. Le but ici n’est pas de casser la magie, mais de rajouter une couche de lecture.
Zootopie (1h48) se présente comme un buddy movie animalier très rafraîchissant, centré sur Judy Hopps, lapine flic idéaliste habitée par l'envie de changer le monde, et Nick Wilde, renard roublard et cynique mais rempli de bonté. Déjà, le film n'est pas si joyeux que cela, car sous ses airs de comédie policière, il aborde des sujets importants : racisme, préjugés et vivre ensemble. La ville, découpée en quartiers climatiques, est un décor parfait pour mettre en scène une société éclatée. Et même dans sa version finale, certains passages restent étonnamment durs pour un Disney grand public.
Ce n’est donc pas surprenant d’apprendre que l’histoire originalement imaginée était bien plus sombre ! Nick devait être le personnage principal, renard désabusé bloqué dans une ville où les prédateurs portaient des colliers électriques se déclenchant à la moindre colère : le contrôle était institutionnalisé dans tout Zootopie, devenu un véritable État policier avec des lois discriminatoires. Dans toute cette noirceur, Nick était à la tête d’un parc d'attractions illégal, destiné au bon plaisir des prédateurs qui avaient besoin d’un peu de joie dans leur vie. Jugée trop sombre pour le public Disney, l’histoire a été entièrement remaniée par les équipes créatives. Cependant, je trouve que la nouvelle version est tout de même assez triste : la discrimination n’est plus aussi explicite et il n’y a pas de collier électrique, mais il y a bien une multitude de micro agressions et de propos racistes, même de la part de Judy. Elle parle elle-même « d’instincts sauvages ».
Toy Story (1h21) est une magnifique histoire d’amitié entre Woody et Buzz, sur l’enfance, l’adolescence et l'émancipation. Pourtant, dans les premières versions du scénario, Woody était loin d’être le cow-boy rassurant que vous connaissez : il était autoritaire et cruel avec les autres jouets… presque tyrannique ! Pixar a cependant totalement adouci le personnage suite au tristement célèbre « Black Friday Reel ».
Il s’agit d’une vidéo d’un storyboard montrant Woody qui jette Buzz par la fenêtre et qui se comporte de manière détestable. Quand la vidéo a été dévoilée en interne, l’accueil fut glacial par la direction, et par Tom Hanks (la voix originale du cowboy). À deux doigts de l’annulation, Toy Story a finalement vu le jour comme on le connaît aujourd’hui. Mais le ton reste assez mature : l’enfant qui démembre ses jouets, le sentiment d’abandon, la peur d’être remplacé… ce n’est pas pour rien qu’il reste toujours aussi populaire auprès des adultes !
On peut bien se raconter ce qu’on veut, mais Le Roi Lion (1h28) n’a jamais été ce gentil petit film du mercredi pour occuper les gosses. Dès le départ, ça sent la tragédie shakespearienne qui va nous faire du mal. Je revois encore la chute de Mufasa : ce grand corps qui s’écroule, ce charisme qui se fait piétiner, cette tristesse de Simba. Un frère qui en tue un autre sans trembler, c’est presque biblique. On nage dans un dessin animé où les conflits se règlent dans la poussière et la fureur. Puis arrivent Timon et Pumba, Hakuna Matata, la savane joyeuse et colorée, et on retrouve cette ambiance presque enfantine avant que Scar ne refasse son entrée.
Scar, ce grand méchant de l’histoire, connaît une terrible fin alors qu’il chute et se retrouve littéralement dévoré par ses anciennes alliées hyènes. Rien de joyeux. Mais, l’idée originale est pire : Simba est celui qui tombe du rocher pendant que Scar lui lance un « Goodnight, sweet prince » emprunté à Hamlet, avant de rire, seul, au milieu des flammes. Pire encore, alors que Simba a succombé et Scar est le nouveau roi, il décide de choisir Nala comme épouse afin d’asseoir son pouvoir. Heureusement, ces idées sont restées à l’état d’esquisses afin que les enfants puissent regarder le film sans être traumatisés.
La Reine des neiges (1h42) s’inspire très librement du conte d’Andersen, beaucoup plus froid et cruel. Dans cette histoire, la Reine des neiges est presque inhumaine et enlève un petit garçon après qu’un éclat de miroir se soit logé dans son cœur et son œil. Ce qui est fascinant, c’est que le film lui-même a basculé de la pure méchante à l’anti héroïne tourmentée grâce à une chanson : oui, c’est bien l’écriture de Libérée, Délivrée (Let It go en version originale), la chanson qui a traumatisé les parents, qui a tout changé.
Au départ, Elsa avait les cheveux noirs, la peau bleue, et les compositeurs, Kristen Anderson-Lopez et Robert Lopez, avaient une consigne : « Écrivez-nous une chanson de méchante ». Cependant ce fut un gros raté puisqu'en composant Let It Go, ils ne sortent pas l’équivalent de la marche impériale du Grand Nord, mais un hymne à la catharsis, un cri de rage et de liberté. Et voilà, le personnage avait pris le pouvoir sur ses créateurs, le script est parti à la poubelle et tout a été réécrit autour de cette émotion : un rejet des attentes de la société. Cette chanson explique donc parfaitement le film et le revirement à 180 degrés de l’histoire. On ne parle plus d’une grande méchante à la tête d’une armée de monstres, mais bien de solitude, de pouvoir qui se confond avec malédiction (souvenez-vous, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités !), et d'émancipation d’une jeune femme.
Je pense que nous serons tous d’accord pour dire que Bambi (1h10) n’est pas juste une balade bucolique : c’est aussi le trauma fondateur de n’importe quel gamin né le siècle dernier. La mort de la maman, c’est la séquence qui nous hante toute notre vie. Dans la première version du script, le faon devait découvrir le cadavre de sa mère gisant dans une mare de sang, mais Walt Disney lui-même a mis son veto.
Pour lui, l’horreur serait bien plus puissante si elle restait hors champ : pas de corps, pas de sang, juste un coup de feu, la neige, et notre imagination fait le travail. L’ombre de « l’homme » plane alors sur tout le récit, comme une menace qui peut ressurgir à tout moment. D’ailleurs, dans les premiers jets de scénario, ce chasseur aurait pu être rattrapé par le karma puisqu’une version montrait le feu de forêt se retourner contre lui, avec une scène où il tentait de fuir les flammes avant de perdre la vie, piégé par l’incendie qu’il avait lui-même provoqué. Mais là encore, Walt Disney a dit non, estimant que cette scène risquerait de trop choquer.
Lilo & Stitch (1h25) donne le sourire rien qu’en y repensant. C’est une bonne comédie SF ensoleillée, avec une petite Hawaïenne, une « peluche » extraterrestre incontrôlable, du surf, un ukulélé et Elvis en bande-son. Pourtant, le cœur du film n’est pas si joyeux puisqu’il aborde la précarité d’une famille recomposée, la menace des services sociaux, le sentiment d’être « de trop », et que tout va mal si l’on n'entre pas dans la norme. Nani, la grande sœur, elle, ne cherche pas le prince charmant, mais juste un travail pour payer les factures.
Le film a été rattrapé par l’actualité : une scène devait montrer Stitch, Jumba et toute la clique détourner un avion de ligne Boeing 747 pour faire du rase-mottes entre les immeubles de Honolulu ! Néanmoins, entre la création de cette séquence épique et la sortie du film, il y a eu le 11 septembre 2001. Tout ce passage a donc impérativement dû être modifié. Au lieu de tout refaire, les équipes ont simplement maquillé la scène : l’avion est devenu un vaisseau spatial rouge, les gratte-ciels se sont transformés en montagnes. Ni vu ni connu.
Mulan (1h28) adapte très librement la ballade chinoise de Hua Mulan, guerrière qui prend la place de son père pour partir à la guerre. Disney garde l’essentiel : une jeune femme qui se travestit pour rejoindre l’armée, et qui doit affronter un monde où la femme n’a ni sa place ni droit au respect. Mais dans la légende, bien plus sombre, la guerre dure des années, le sang coule, et tout ne se finit pas par des feux d’artifice. Dans certaines versions du mythe, Mulan préfère en effet se donner la mort plutôt que de se plier à un mariage forcé.
Disney transforme donc ce récit tragique en aventure drôle et épique. Mais la violence n’est jamais loin, car je me souviens des champs de batailles jonchés de corps, et de la musique qui s’arrête net quand le village est incendié, ne laissant place qu’au silence, à la neige, aux ruines fumantes. Mulan s’est donc éloigné du tragique pur et dur, mais a gardé la rage. La rage d’une femme qui doit se comporter « comme un homme » pour se faire respecter, la rage du sacrifice et de l’honneur. Mulan reste, à mon sens, l’un des Disney les plus matures, et c’est pour ça qu’il marque autant.







































