
15 films de danse incontournables pour fêter les dix ans de La La Land
Depuis presque la création du cinéma, la danse s'est invitée sur nos écrans. En voilà une ouverture pompeuse et maladroite de type « De tous temps à jamais, l'Homme a toujours… » Et vous n'avez pas tort. Mais en même temps, comment rendre hommage au lien étroit qui unit les chorégraphies et l'art rythmique et physique de la danse à la généralisation et la diffusion des images animées que propose le cinéma ? Les deux sont intimement liés. Et les dix ans du La La Land (2016) de Damien Chazelle, avec sa mémorable ouverture sur l’autoroute ou son duo Emma Stone / Ryan Gosling au clair de Lune, ne sont au final qu'un prétexte.
Car on a eu envie d'aller plus loin, beaucoup plus loin, et même si « là où on n’a pas besoin de route », on va quand même tenter de rester sur la piste. On vous propose donc aujourd’hui presque 100 ans de références majeures autour d'un pied qui claque, d'une jambe qui s'élève, d'un déhanché endiablé ou d'un mouvement gracile du bras. Cent ans de sueur et d'entraînement qui arrivent jusqu'à nos rivages en autant de propositions multiples aux formes diverses ayant infusé comme on va le voir vers d'autres genres plus institutionnels… Et un, deux, trois, quatre !
S'il faut commencer quelque part, commençons par quelques classiques. Dans Chantons sous la pluie (1952) de Stanley Donen, Gene Kelly Debbie Reynolds et Donald O'Connor s'en donnent à cœur joie pour marquer d'une pierre blanche l'histoire du cinéma. Pas moins : le film est considéré aujourd'hui comme la plus grande comédie musicale de tous les temps. Car outre les chansons mythiques, les chorégraphies mémorables et l'interprétation au cordeau, le long métrage a aussi su s'imposer grâce à son propos. Véritable œuvre méta sur l'évolution technologique d’Hollywood avec sa difficile transition du muet au parlant, il est l'étendard d'un modernisme plein d'envie et s'inscrit comme un mètre étalon du genre. Un incontournable absolu. « Non Non Non ? » « Si Si Si ! » À noter : Debbie Reynolds, qui crève l'écran dans le film, est aussi la maman de Carrie Fisher, notre éternelle Princesse Leia.
Et si vous êtes fans de Gene Kelly, n'hésitez pas à voir ou revoir Un Américain à Paris (1951) de Vincente Minnelli. Notre danseur star partage l'affiche avec Leslie Caron dans une film récompensé par six Oscars. Moins mythique que Chantons sous la pluie malgré ça ? Sans doute, mais le ballet de plus d'une vingtaine de minutes qui rappelle les toiles de peintres français est un petit chef-d'œuvre.
La littérature et le théâtre classique ont leurs Roméo et Juliette. L'opéra aussi, Charles Gounod y veillé. Et les films de danse aussi. West Side Story (1961) de Robert Wise et Jerome Robbins avec Natalie Wood, Richard Beymer et Rita Moreno est une transposition des Montaigu et des Capulet situé dans le New York des gangs des années 60. Et qui dit années 60, dit lutte pour les droits civiques. Dans West Side Story, si on lève la jambe avec talent, on le fait sur fond de tensions raciales et de guerre des gangs. Célébré par dix Oscars dont celui du Meilleur second rôle féminin pour Rita Moreno dans le rôle de Anita, le film propose quelques-unes des chorégraphies les plus légendaires du cinéma. Une véritable libération stylistique pour toute une génération habituée à plus de classicisme. Ça saute, ça bondit, ça virevolte dans une débauche d'énergie communicative. « I like to be in America ! »
Soixante ans plus tard, en 2021, Steven Spielberg surprend tout le monde en réalisant son premier long-métrage musical après un essai dans la scène mythique d'ouverture de Indiana Jones et le Temple Maudit (1984). Le papa de La Liste de Schindler (1993), Jurassic Park (1993) et La Guerre des Mondes (2005) propose une version modernisée de West Side Story avec Ansel Elgort, Rachel Ziegler et Rita Moreno dans un nouveau rôle. Fun fact, Ariana DeBose qui incarne Anita dans le remake, sera elle aussi récompensée par l'Oscar du meilleur second rôle féminin. La boucle est bouclée !
Comment parler de films classiques de danse sans parler de Bob Fosse ? Le papa de la comédie musicale Chicago, devenue un des classiques des 70's de Broadway a aussi fait sensation au cinéma avec son style chorégraphique reconnaissable : gestes anguleux, mouvements de hanches, épaules rentrées, chapeaux, gants, poses suggestives et une sensualité souvent teintée d'ironie. Parmi ses succès, on retrouve bien entendu Cabaret (1972), emmené par Liza Minnelli, Michael York et Joel Grey, avec son propos politique : le film raconte l'histoire en contraste d'une chanteuse américaine en fonction dans un établissement effervescent berlinois, le Kit Kat Klub, dans les années 30, tandis que le nazisme étend sa poigne de fer sur l'Europe. A la clé : Huit Oscars, mais sans la consécration ultime de Meilleur film puisque c'est Le Parrain (1972) de Francis Ford Coppola qui s'attribuera la statuette convoitée.
Les inconditionnels de Bob Fosse peuvent aussi se pencher sur Que le Spectacle commence ! / All That Jazz (1979) avec Roy Scheider ; une œuvre semi-autobiographique qui relate la vie d'un chorégraphe autodestructeur.
Quand je parlais en ouverture de presque cent ans de cinémas, c'est parce que je savais qu'on irait jusqu'ici. Les Chaussons rouges (1948) de Michael Powell et Emeric Pressburger raconte l'histoire d'une jeune danseuse qui doit choisir entre sa passion dévorante pour le ballet et sa vie amoureuse. Un dilemme qui trouve un écho vertigineux dans le ballet qu'elle interprète. Le film est considéré comme l’un des films les plus beaux sur la danse et est cité par de très grands noms du cinéma comme Martin Scorsese ou Francis Ford Coppola comme une référence. Scorsese a même financé la restauration du film pour qu'il puisse traverser le temps.
Dans un registre similaire, comment faire l'impasse sur l'un des couples les plus influents du cinéma et des films de danse ? Dès les années 30, Fred Astaire et Ginger Rogers faisaient déjà le succès de la RKO et ont posé ensemble les codes visuels et techniques du genre : plans larges, prises en continu sans coupe, précision du geste, chorégraphies et mouvements millimétrés. Au panthéon du genre : Le Danseur du Dessus (1935) et Sur les Ailes de la Danse (1936).
Changement d'époque et de style. Exit les claquettes et bonjour les boules à facettes. Dans La Fièvre du samedi soir (1977) de John Badham, John Travolta entre dans la légende et dans des pantalons moulants bien trop étroits sous les traits de Tony Manero. Jeune vendeur de voitures sans le sou, le jeune homme ne vit que pour ses soirées, quand il devient le roi du dancefloor. Un film mine de rien ancré dans le réalisme social, car derrière les paillettes, il y a quand même des moments qui sentent la mouffette : le langage cru et la violence affichée ont entraîné une classification R à sa sortie. Puis le film est ressorti en version plus édulcorée et la magie a opéré. La bande son est assurée par les harmonies suraiguës des Bee Gees en pleine reconversion disco et a marqué les imaginaires collectifs de plusieurs générations qui se déhanchent encore aujourd'hui avec en tête les mouvements saccadés d'un Travolta en costume trois pièces d'un blanc immaculé.
Saviez-vous que La Fièvre du samedi soir avait une suite ? Et saviez-vous que cette suite était réalisée par… Sylvester Stallone ? Maintenant vous savez et vous pourrez vous la raconter devant vos amis. Dans Staying Alive (1983), on retrouve John Travolta pour un nouveau tour de piste. Mais sous la caméra de notre Rocky éternel, on retiendra plus les séquences d'entraînement et la sueur qui perle sur les corps dans un film axé performance à la Broadway que dans le discours émancipateur et la lutte des classes. Tu nous avais habitué à mieux Sly. À croire que c'était pas ta guerre.
Bienvenue dans le cœur de la meule. En 1983, Adrian Lyne fait danser la planète avec son Flashdance devenu iconique, notamment grâce à la performance de Jennifer Beals, mais aussi grâce au titre d’Irene Cara composée par Giorgio Moroder, Oscar de la meilleure chanson originale. Flashdance, c'est What a Feeling, mais c'est aussi Maniac (1983) de Michael Sembello, repris en version electro bien costaude par Carpenter Brut en 2020. L'histoire, plutôt simple, raconte comment Alex Owens, ouvrière soudeuse le jour et danseuse dans un bar la nuit, tente d'intégrer une prestigieuse école de danse classique à Pittsburgh. Encore une fois, l'expression corporelle et le dépassement de soi nourrissent une allégorie de l'ascenseur social et de la quête de reconnaissance. Flashdance est un inratable du genre, ses scènes de danse font partie des plus scrutées des fans. Jennifer Beals n'a d'ailleurs pas réalisé toutes les prises. À plusieurs occasions, dont les plus spectaculaires, elle est doublée par la danseuse professionnelle Marine Jahan et plusieurs mouvements de la chorégraphie de fin sont en fait ceux d'un homme, Richard « Crazy Legs »' Colón, danseur de breakdance de renommée mondiale. L'illusion est parfaite.
Flashdance est à rapprocher de Fame (1980) d'Alan Parker où on retrouvait déjà la voix d’Irene Cara. Fame se pose plus comme un film choral et s'inscrit dans le genre du groupe d'élèves cherchant à se distinguer au sein de LaGuardia High School, célèbre école d'arts du spectacle new-yorkaise. Un film mythique qui a donné naissance à une série télé et ouvert la voie des justaucorps colorés des années séances d'aérobic des 80's.
On a déjà tout dit sur Dirty Dancing (1987). Mais on ne le répètera jamais assez : non, Dirty Dancing n'est pas un simple film de danse. Comme on l'a déjà vu ici, le genre est souvent le prétexte pour aborder des thématiques sérieuses et revêt souvent le rôle de disrupteur pour faire bouger les lignes du combat social. Dirty Dancing, d'Emile Ardolino avec le regretté Patrick Swayze et Jennifer Grey, s'inscrit dans cette dynamique. L'histoire fait se percuter les destins de Frédérique, dite Bébé, jeune fille de bonne famille et de Johnny, professeur de danse dans le Country Club où la famille de Bébé, est venue passer l'été. Les discours d'émancipation et de liberté teintée de sensualité de Johnny n'ont pas bonne presse dans les familles privilégiées américaines des années 60, et le d'où on vient et les a-priori prennent trop vite le pas sur le ce qu'on fait et qui l'on est.
Malgré un budget modeste, le film est devenu un phénomène culturel mondial : la BO de Dirty Dancing qui mêle sans distinction hits des 60's et chansons des 80's, s'est hissée dans le top 20 des disques les plus vendus de tous les temps grâce au mythique (I've Had) The Time of My Life de Bill Medley & Jennifer Warnes, au Hungry Eyes de Eric Carmen ou au She's Like the Wind interprété par Patrick Swayze lui-même pour sauver le budget du film. Celui qu'on appelle Danse Lascive au Québec nous a aussi laissé quelques unes des répliques les plus inoubliables du cinéma. Un film à voir et à revoir. Pourquoi ? Parce que « personne ne met Bébé dans un coin » ; qu'on « n'a pas besoin de courir après la vie comme un cheval sauvage » et que « c'est pas un crime de porter des pastèques ».
Presque dix ans plus tôt, dans la foulée de La Fièvre du Samedi soir, John Travolta jouait encore les jeunes premiers. Dans Grease (1978) de Randal Kleiser, il était Danny Zuko, le chef d'une bande de blousons noirs. En face de lui, une toute jeune Olivia Newton-John campait la nouvelle élève sage qui débarquait dans son lycée, Sandy Olsson. Sauf que durant l'été qui précédait cette rentrée, Danny s'était fait passer pour un jeune homme sans histoire… Tourné à la fin des années 70 mais situé dans des années 50's fantasmées, le film propose quelques-unes des scènes les plus emblématiques du genre, avec ses chœurs masculins de danseurs gominés et ses harmonies féminines de jeunes filles au look de serveuses de Diner. Et on ne parlera pas ici de la théorie comme quoi les deux protagonistes seraient morts avant même le début du film.
Entre les Summer Nights, You're The One That I Want et autres Grease Lightnin' qui vampirisent les mariages, la maison vous propose de vous intéresser entre autres au générique de début Grease signé Barry Gibb et Frankie Valli, au Hopelessly Devoted to You chanté par Olivia Newton-John, au Blue Moon des Sha-Na-Na ou au sublime There Are Worse Things I Could Do de Stockard Channing aussi appelé « la chanson de Rizzo ».
Bond dans le temps. Nous sommes en 2006 quand sort Sexy Dance de Anne Fletcher avec Channing Tatum et Jenna Dewan. L'histoire, c'est celle de Tyler, un jeune danseur des rues livré à lui-même qui effectue des travaux d'intérêt général dans une école d'arts prestigieuse. Là, il se retrouve à devoir aider Nora, danseuse classique surdouée, qui prépare son spectacle de fin d'année. Une fois encore, on retrouve la rencontre de deux mondes que tout oppose, mais réunis par la danse. Le film, baptisé Step Up en anglais, a lancé une franchise de cinq volets et ses deux acteurs se sont dit oui dans la vraie vie.
Dans le même genre, il y a Street Dance (2010) de Max Giwa et Dania Pasquini. Comme dans Sexy Dance, c'est la croisée des genres et des mondes, puisqu'on suit une troupe de street danseurs londoniens qui s'associent à des danseurs et danseuses classiques pour sauver leur local de répétition. On retrouve au casting de jeunes talents révélés par l'émission Britain's Got Talent. Encore dans le même genre, et avec un scénario plutôt proche mêlant danse et hip-hop mais pas auréolé du même succès, vous pourrez peut-être vous laisser tenter par Honey (2003) de Billie Woodruff avec Jessica Alba et Honey Daniels.
Au début des années 2000, un petit film au maigre budget de 13 millions de dollars va se faire remarquer et rapporter plus de 90 millions ! C'est Save The Last Dance (2001) de Thomas Carter, avec Julia Stiles et Sean Patrick Thomas. Le secret du succès ? Un scénario qui a tout compris de son héritage : Sara, jeune danseuse classique doit abandonner son rêve d'intégrer la prestigieuse école Juilliard après le décès de sa mère. Elle part alors s'installer à Chicago avec son père et rencontre Derek, un jeune danseur qui l'initie au hip-hop et l'aide à retrouver goût à la danse. Un film sans prétention mais un véritable électrochoc pour toute une nouvelle génération. L'actrice principale, Julia Stiles, a suivi pour l'occasion un entraînement intensif de danse hip-hop pendant plusieurs mois pour le rôle ; elle n'avait jamais pratiqué auparavant.
À découvrir également, Center Stage ou Danse ta vie (2000) en français de Nicholas Hytner, avec Amanda Schull, Ethan Stiefel et Zoë Saldaña. Est-ce que c'est le Fame de cette génération ? Peut-être, je vous laisse juger : douze jeunes danseurs venus de tous horizons intègrent la prestigieuse American Ballet Academy à New York pour une année décisive, où ils vont devoir tout donner pour espérer intégrer l'une des plus grandes compagnies de ballet du monde… Alors oui, le caractère choral du film pousse le parallèle, mais Danse ta vie s'inscrit aussi dans les films de son époque en s'attardant tour à tour sur l'exigence physique et sur les rivalités et premières amours de ses personnages et intègre à son casting de vraies étudiants de l'American Ballet Theatre, ce qui lui assure des performances des plus solides tout en jouant la carte méta.





















































