
De Steven Spielberg à Bong Joon-ho, 10 réalisateurs qui ont également excellé dans l'animation
Bong Joon-ho (Parasite) vient d’annoncer qu’il travaillait sur son premier long métrage d’animation, intitulé Ally, qu’il prévoit de terminer et de sortir en 2027. La première image du film a également été dévoilée : on y découvre une adorable créature marine vivant dans les profondeurs de l’océan Pacifique et rêvant de voir le soleil, tout en aspirant à devenir la protagoniste d’un documentaire animalier.
Au regard des thèmes de prédilection du cinéaste coréen, mais aussi de son travail sur les effets spéciaux dans des films tels que Mickey 17 (2025) et Okja (2017), cette première incursion dans l’animation paraît finalement assez évidente. Ce médium singulier, aujourd’hui plus que jamais menacé par certains usages de l’IA, continue pourtant d’offrir aux cinéastes une liberté artistique et créative bien plus large que celle des prises de vue réelles.
Bong Joon-ho n’est d’ailleurs pas le premier à en explorer les capacités expressives. Pour JustWatch, je mets en lumière des cinéastes qui se sont emparés de l’animation afin de déployer leurs visions dans un champ à la fois plus vaste et plus souple.
Steven Spielberg
Le grand maître du cinéma américain excelle notamment dans les genres de l’aventure et de l’épique historique, mais il n’est pas étranger au format de l’animation. Dans un entretien accordé en 1978, Steven Spielberg déclarait même que tous les cinéastes devraient commencer leur carrière en tant qu’animateurs. On comprend donc pourquoi il a fondé le studio Amblimation et assumé le rôle de producteur exécutif sur plusieurs films et séries. Par ailleurs, le cinéaste a réalisé Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne (2011). Caractérisée par l’usage innovant de la technique de performance capture, cette rencontre entre les personnages de Hergé et l’imagination de Spielberg constitue l’un des opus les plus charmants de sa filmographie. Je n’oublie pas également son hybride Ready Player One (2018), qui mêle monde virtuel en animation et réalité en prises de vues live action.
Wes Anderson
C’est très difficile de ne pas aimer l’univers coloré, ludique et excentrique de Wes Anderson. Toujours dans la continuité de ses sensibilités formelles et esthétiques, le réalisateur a signé deux films d’animation, à savoir Fantastic Mr. Fox (2009) et L'Île aux chiens (2018). On sait combien la matérialité des décors et des objets est importante dans son cinéma, et, dans ses films d’animation, ce souci formel se traduit par le choix de la technique du stop motion. Généralement, les films de Wes Anderson sont associés à une idée de perfectionnisme -notamment en raison de leurs plans très symétriques- tandis que ses animations montrent que son œuvre mérite une lecture plus nuancée : le mouvement saccadé du stop-motion, ainsi que les textures et les matériaux des marionnettes, exposent au contraire une forme d’imperfection, ou plutôt l’artifice des images -un aspect que l’on omet souvent dans ses films en prises de vues réelles, alors qu’il y est tout aussi présent.
George Miller
Aujourd’hui, le nom de George Miller est devenu synonyme de la saga Mad Max, son style étant presque entièrement associé à cet univers post-apocalyptique, aride et saturé d’action. Pourtant, les vrais amateurs connaissent d’autres facettes de son travail, moins représentatives certes, et presque incongrues : Miller a réalisé non pas un, mais deux films d’animation (Happy Feet, 2006 et Happy Feet 2, 2011). Oui, vous avez bien entendu : c’est bien le réalisateur australien qui a imaginé l’histoire touchante de Mumble, un manchot empereur qui, à la différence de ses congénères, ne sait pas chanter, mais possède un véritable talent pour la danse ! L’approche qu’il adopte dans ces films ne manque pas de sérieux, et témoigne même du soin qu’il accorde à la vraisemblance en animation. On apprend notamment qu’il a collaboré avec Savion Glover, célèbre danseur de claquettes, qui a travaillé comme chorégraphe et a fourni les mouvements de Mumble, capturés grâce à la motion capture. Le résultat : un classique moderne, dont les prouesses techniques n’ont rien perdu de leur force avec le temps.
Robert Zemeckis
Véritable titan du cinéma hollywoodien, Robert Zemeckis est notamment connu pour le travail extrêmement fin et soigné des effets spéciaux dans ses films -ce qui explique aussi son penchant artistique pour le cinéma d’animation. À la même période où le cinéaste est célébré pour le triomphe de Retour vers le futur (1985), il confirme son succès avec Qui veut la peau de Roger Rabbit (1988), un véritable ovni cinématographique mêlant prises de vue réelles et personnages de dessin animé. Malgré un budget extrêmement élevé pour l’époque, le film rencontre un immense succès au box-office et anticipe, d’une certaine manière, les expérimentations formelles que Zemeckis poursuivra dans le domaine de l’animation au cours des années 2000. Cette série de films, dont une grande partie est produite sous l’égide de ImageMovers Digital -tels que Le Pôle express (2004), La Légende de Beowulf (2007) et Le Drôle de Noël de Scrooge (2009)- reçoit un accueil critique relativement négatif, son style étant souvent qualifié de grotesque. Reste que, ces films coïncidant avec l’avènement du cinéma numérique, ils conservent aujourd’hui un certain charme : celui de témoigner des premiers pas d’une nouvelle ère esthétique.
Jon Favreau
La carrière très prolifique de Jon Favreau est certes indissociable de ses contributions à l’univers de Star Wars ainsi qu’au MCU qu’il a contribué à lancer avec Iron Man (2008), mais le cinéaste-comédien est également très actif dans le domaine de l’animation. En réalité, il occupe une position assez particulière par rapport à ce format, car les films qu’il a réalisés pour Disney -Le Livre de la jungle (2016) et Le Roi lion (2019) sont tous deux conçus à partir d’images de synthèse afin d’atteindre les textures et les sensations de la prise de vue réelle. Ce mélange entre les deux formes a d’ailleurs marqué un moment clé dans la vision créative du studio : une ambition prolongée par d’autres films tels que La Petite Sirène (2023) et Mufasa : Le Roi lion (2024) de Barry Jenkins.
Tim Burton
Parmi les cinéastes ayant réalisé à la fois des films en prises de vue réelles et des films d’animation, Tim Burton constitue l’un des rares exemples à avoir imposé une identité visuelle aussi originale et reconnaissable. Son imagerie excentrique, mêlant horreur, humour et stylisation, est si distinctive que, dès les premières images, sa signature s’impose et cela se vérifie d’autant plus dans ses œuvres animées. Bien que le cinéaste réalise son premier long métrage d’animation avec Les Noces funèbres (2005), il était déjà fortement impliqué dans la production de L’Étrange Noël de monsieur Jack (1993), dont il est à l’origine du récit et des personnages. Et même si ce film est réalisé par Henry Selick, beaucoup continuent d’en attribuer la paternité à Tim Burton, ce qui suffit à mesurer à quel point sa vision artistique impose sa singularité.
Guillermo del Toro
Il y a très peu de cinéastes qui accordent autant d’importance et de soin à l’artisanat des métiers du cinéma. L’intérêt de Guillermo del Toro pour les figures marginales, souvent incarnées par des monstres dans ses films, se prolonge ainsi dans sa vision artistique. Là où les professionnels de l’industrie ont tendance à reléguer l’animation au second plan, le cinéaste s’emploie depuis longtemps à en faire reconnaître la légitimité en tant que médium cinématographique. Del Toro a trouvé un terrain particulièrement propice pour explorer et expérimenter les possibilités de ce médium grâce à ses collaborations avec Netflix, à commencer par Les Contes d’Arcadia, qui comprend aujourd’hui trois séries -Chasseurs de trolls (2016-2018), Le Trio venu d’ailleurs (2018-2019) et Mages et Sorciers (2020)- ainsi que le film Chasseurs de trolls : Le Réveil des Titans (2021), pour lesquels il a assuré l’écriture et la conception. Mais la véritable confirmation est venue avec Pinocchio (2022), son premier long métrage d’animation en tant que réalisateur. Projet de longue haleine longtemps resté dans l’enfer du développement, Pinocchio est devenu un film multi-récompensé, obtenant notamment l’Oscar, le BAFTA et le Golden Globe du Meilleur film d’animation.
Gore Verbinski
S’il y a une chose à dire sur le cinéma de Gore Verbinski, c’est qu’il n’a jamais peur d’explorer différents genres et techniques dans sa pratique, d’où une filmographie où l’on retrouve aussi bien des westerns que des films d’horreur -genres dont il emprunte certaines caractéristiques jusque dans sa saga iconique Pirates des Caraïbes. Son premier -et à ce jour unique- film d’animation, Rango (2011), regorge lui aussi de références aux classiques du western. Comme Guillermo del Toro, Verbinski revendique un cinéma d’animation qui ne serait pas uniquement destiné aux enfants et aux familles ; conformément à ce principe, Rango aborde également des thèmes adultes comme la corruption. Il est d’ailleurs intéressant de noter que Johnny Depp, collaborateur fidèle du cinéaste et voix du personnage principal, a qualifié le processus d’« emotion capture ». En effet, Verbinski a adopté une approche singulière dans laquelle les acteurs se retrouvaient ensemble sur le plateau pour jouer physiquement leurs rôles pendant l’enregistrement des voix. Cette technique, assez unique, confère au film une dimension performative et incarnée, qui explique sans doute son triomphe aux Oscars. Par ailleurs, Verbinski n’a pas connu la même chance que son collègue Del Toro du côté de Netflix : la plateforme s’est retirée du projet de son deuxième film d’animation, Cattywumpus. Reste à voir si celui-ci trouvera refuge dans un autre studio et pourra finalement voir le jour.
Richard Linklater
Déjà, on sait combien il est difficile, sur le plan financier, pour les studios de produire des films d’animation ; dès lors, en réaliser tout en restant dans le champ du cinéma indépendant relève sans aucun doute d’un véritable défi. C’est pourtant la voie qu’a choisie Richard Linklater avec ses films d’animation. Le cinéaste est d’ailleurs le premier à avoir réalisé un long métrage entièrement conçu à partir de la technique de la rotoscopie interpolée, qui consiste à dessiner des animations à partir de prises de vue réelles. L’effet produit par ce procédé, reposant sur la persistance de traces virtuelles du réel au sein même de l’animation, entre en résonance avec les thèmes qu’il explore. Dans Waking Life (2001), cet entre-deux visuel reflète l’état de rêve éveillé que traverse le personnage principal, tandis que dans A Scanner Darkly (2006), plus sombre et claustrophobique sur le plan stylistique, il incarne la paranoïa née de l’incertitude entre réel et illusion. Après ces deux œuvres qui résistent indéniablement à l’usure du temps, le cinéaste est revenu à l’animation avec Apollo 10½ : Les fusées de mon enfance (2021), pour raconter cette fois une histoire plus intime, inspirée de sa propre enfance, la rotoscopie servant alors à capturer la texture des souvenirs et des impressions du passé.


















































