De Nosferatu (2024) de Robert Eggers à Frankenstein (2025) de Guillermo del Toro, entre autres, les récits iconiques de l’horreur gothique ont récemment connu une véritable revitalisation au cinéma. Ces adaptations, qui s’inspirent des classiques qui les ont précédées -tout en leur rendant hommage- permettent également d’interpréter leur matériau source selon une sensibilité moderne.
L’un des exemples les plus récents de ces adaptations inventives et créatives est The Bride! (2026) de Maggie Gyllenhaal. Sortie en salles le 4 février dans l’Hexagone, cette nouvelle relecture du mythe de Frankenstein et de son univers élargi se concentre sur la Fiancée de la Créature en l’imaginant dans le Chicago des années 1930, que le film dépeint avec une esthétique baroque et punk, sans aucune peur de paraître excessif. En défiant les codes du genre (dans les deux sens du terme), la réalisatrice dialogue, de manière indirecte, avec les versions précédentes de son personnage principal. À l’occasion de la sortie du film, JustWatch revient justement sur d’autres apparitions et interprétations de la Fiancée sur le grand écran.
La Fiancée de Frankenstein (1935)
La première apparition de la Fiancée de la Créature se trouve dans le deuxième volet des films produits par Universal, La Fiancée de Frankenstein (1935). Réalisé par James Whale, le film voit Mary Shelley raconter la suite de l’histoire de Frankenstein et de son Monstre à Percy Shelley et à Lord Byron. Le film introduit également le personnage du docteur Pretorius, mentor de Henry Frankenstein, qui se lance dans le projet de créer une compagne pour le Monstre et force Henry à l’aider en le menaçant de s’en prendre à la vie de sa fiancée, Elizabeth.
Même si l’intrigue concerne principalement la création de ce monstre féminin, on ne la voit apparaître que pendant quelques minutes dans le film. Bien qu’elle n’apparaisse que très brièvement à l’écran, la Fiancée, interprétée par Elsa Lanchester -qui joue un double rôle en incarnant également Mary Shelley- marque à jamais l’histoire du cinéma. Avec sa coiffure aux mèches blanches, son maquillage et sa robe, son apparence devient aussi iconique que celle de Boris Karloff. Comme le film de Maggie Gyllenhaal répond au film de James Whale -ou plutôt cherche à combler les lacunes qu’il avait laissées dans la représentation de son personnage féminin- La Fiancée de Frankenstein constitue sans doute un visionnage essentiel pour tous les cinéphiles.
La Promise (1985)
Une adaptation cinématographique qui repose moins sur le registre de l’horreur que sur un ton carnavalesque et romanesque, La Promise (1985) de Franc Roddam suit deux récits parallèles : celui de la Créature, nommée Viktor dans le film, et celui d’Eva, la compagne que le baron Charles Frankenstein a créée pour le Monstre, mais qui ne possède pas les déformations dont ce dernier souffre. Charles, interprété par le légendaire Sting, décide de garder Eva pour lui-même et l’éduque afin qu’elle apprenne les règles et les coutumes de la société, alors qu’elle commence à mettre en question ses origines. Viktor, quant à lui, est recruté par un cirque avec son ami Rinaldo, mais finit par subir la violence des êtres humains — tout comme Eva, maltraitée par le baron possessif.
Au regard du personnage de la Fiancée, cette version n’est malheureusement pas très réussie et souffre d’un certain déséquilibre tonal. À mi-chemin entre le mythe de Pygmalion et le récit de La Belle et la Bête, le film reste néanmoins un objet curieux, marqué par l’esthétique des films de studio des années 1980. Si vous cherchez une proposition plus radicale dans laquelle on retrouve également cette thématique de l’éducation sociétale, Pauvres Créatures (2023) de Yorgos Lanthimos constitue sans doute un choix idéal.
Frankenhooker (1990)
Réalisé par Frank Henenlotter, cinéaste emblématique du cinéma d’exploitation new-yorkais, Frankenhooker (1990) revisite la mythologie de Frankenstein sous un angle kitsch, grotesque et débordant d’humour noir. Henenlotter déplace le récit dans le New Jersey des années 1990 et transforme le personnage du docteur Frankenstein en un scientifique amateur obsédé par l’idée de ressusciter sa fiancée, qu’il a perdue à la suite d’un terrible accident. Spécialisé dans le domaine de la bioélectricité, Jeffrey décide d’utiliser différentes parties de corps de prostituées qu’il fait exploser à l’aide d’une drogue qu’il appelle « super-crack » (oui, vous avez bien lu !).
Mais le résultat s’avère loin d’être parfait : le corps ainsi recomposé incarne tour à tour la personnalité de chaque prostituée et fait exploser quiconque tente de la toucher. Désormais surnommée « Frankenhooker », Elizabeth ressuscitée finit par employer la même procédure sur Jeffrey. Avec son mélange de gore outrancier et d’humour délirant, Frankenhooker constitue une relecture audacieuse du mythe de Frankenstein, portée par une vulgarité et un excès que Maggie Gyllenhaal, selon plusieurs critiques, n’ose pas explorer dans sa propre version. Le degré de violence et de sexualité ne sera pas au goût de tout le monde, mais pour les amateurs de cinéma bis -en particulier les fans de The Toxic Avenger (1984) ou de Frère de Sang (1982), également réalisé par Henenlotter- le film reste absolument incontournable.
Re-Animator II (1990)
Deuxième entrée dans la série des films Re-Animator, Re-Animator II (1990) est, à l’origine, une adaptation de la nouvelle Herbert West–Reanimator de H. P. Lovecraft. Mais le réalisateur et producteur Brian Yuzna transforme le film en une sorte de parodie de La Fiancée de Frankenstein. On y retrouve le docteur Herbert West et Dan Cain, qui poursuivent leurs recherches afin de perfectionner leurs expérimentations au Pérou, où ils travaillent comme médecins au milieu d’une guerre civile. Ils reprennent ensuite leurs postes à l’hôpital de l’Université de Miskatonic. Leur objectif ? Ressusciter Megan Halsey, la fiancée de Dan.
D’un point de vue narratif, il est vrai que le film manque d’originalité, mais son aspect parodique, combiné au gore et à l’humour noir, vient compenser cette faiblesse. Des éléments de body horror, poussés à l’extrême grâce à l’usage inventif des effets spéciaux pratiques — assurés par le fidèle collaborateur de Yuzna, Screaming Mad George — confèrent au film son véritable charme cruel.
L’univers de Re-Animator étant assez proche de celui de Frankenhooker, on le conseille plutôt aux amateurs de cinéma d’exploitation - sûrement moins à celles et ceux qui apprécient l’atmosphère gothique du récit original de Frankenstein. Si vous souhaitez explorer davantage cette veine du cinéma de genre, on peut également recommander Aux portes de l’au-delà (1986). Il s’agit aussi d’une adaptation de Lovecraft, signée par Stuart Gordon, réalisateur du premier Re-Animator (1985), dans laquelle on retrouve également Jeffrey Combs, l’acteur qui incarne l’iconique Herbert West.
Frankenstein (1994)
Produit par Francis Ford Coppola -d’où le titre original Mary Shelley’s Frankenstein, à l’image de son Bram Stoker’s Dracula (1992)- Frankenstein (1994) est considéré comme l’une des adaptations cinématographiques les plus fidèles au roman. En ce qui concerne la figure de la Fiancée, il existe cependant une différence par rapport au matériau source. Dans le film, comme dans le livre, Victor Frankenstein accepte d’abord de créer une compagne pour la Créature, mais renonce finalement à sa décision, provoquant la fureur du monstre, qui se venge en tuant Elizabeth, la fiancée de Victor. Dévasté, Victor tente alors de la ressusciter, mais malgré ses efforts, il se retrouve face à une version défigurée de sa bien-aimée.
Réalisé par Kenneth Branagh, qui interprète également Victor Frankenstein, le film se distingue par une grande ambition, aussi bien dans son approche esthétique et formelle que dans sa tonalité affective. Connu pour ses adaptations de Shakespeare, Branagh aborde clairement le matériau source sous cet angle théâtral. En tant qu’acteur, il se montre toutefois moins convaincant, en particulier parce qu’il reste quelque peu dans l’ombre de Robert De Niro, qui brille dans le rôle de la Créature. Quant à Elizabeth, elle est incarnée par Helena Bonham Carter : avec son visage naturellement romantique et gothique, l’actrice semble véritablement taillée pour ce rôle.
La Fiancée de Chucky (1998)
Franchise emblématique du genre du slasher, Chucky a connu un changement de ton très important avec La Fiancée de Chucky (1998). Don Mancini, scénariste du film et futur réalisateur de plusieurs volets ultérieurs de la franchise, opte ici pour une veine qui penche davantage vers la méta-comédie, en se concentrant plus directement sur la poupée Chucky. Dans le film, l’ex-petite amie de Chucky retrouve la poupée et le ressuscite grâce au vaudou. Après une dispute, Chucky électrocute Tiffany et enferme son âme dans une poupée de mariée : tout au long du film, les deux cherchent à retrouver leur forme humaine.
Parmi les films que nous avons cités, La Fiancée de Chucky apparaît moins comme une adaptation que comme une référence parodique à La Fiancée de Frankenstein, car son récit et ses thèmes s’éloignent assez nettement du matériau source. Il faut néanmoins souligner que Tiffany Valentine est devenue elle-même une véritable icône du slasher -sans doute plus marquante que la plupart des autres interprétations de la figure de la Fiancée après celle du film de James Whale. Rien que pour cette raison, le film mérite largement d’être découvert, ne serait-ce que pour la performance exceptionnelle de Jennifer Tilly, qui reprend le même rôle dans les autres films de la franchise -à l’exception de la série télévisée.























































































































