
Backrooms : 9 indices et théories pour mieux comprendre le film ?
Vous êtes allé.e voir Backrooms (2026) et vous n’avez RIEN compris ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul.e… et je suis moi-même resté circonspect après mon premier visionnage du film du (très) jeune Kane Parsons. Si j’ai immédiatement validé l’esthétique liminale et l’ambiance malaisante qui se dégagent de l’univers (une nomination aux Oscars s’impose pour les décors et la photographie), je suis en revanche resté de marbre devant une mythologie absconse. Et puis j’ai revu le film.
Si j’ai redonné sa chance à Backrooms, c’est parce que je sentais qu’il y avait quelque chose qui m’échappait. Et que je n’avais pas toutes les clés pour en saisir les ressorts et les mécaniques. En me renseignant sur les origines (fascinantes) de cet univers partagé et contributif qui réinvente la légende urbaine pour la Gen Z, en regardant des vidéos d’analyse et d’explications, j’ai pu saisir des éléments qui ne m’étaient pas apparus lors de mon premier visionnage. Et c’est ainsi que je suis encore, à l’heure où j’écris ces lignes, coincé dans les Backrooms à tenter de comprendre les indices disséminés par Kane Parsons.
Le vidéaste Youtube devenu cinéaste ne donne volontairement pas toutes les réponses, mais il a glissé quelques éléments qui donnent plus de relief à cette histoire de dimension parallèle copiant l’Humain et matérialisant nos traumatismes, nos souvenirs et notre psyché. Voici quelques théories qui pourraient vous aider à mieux apprécier son film… et pourquoi pas lui offrir une seconde chance ?

Le film est-il un prequel ?
Backrooms s’ouvre sur une séquence en found footage et vue à la première personne d’un chercheur de l'institut Async, cherchant à échapper à une mystérieuse entité dans le dédale jaunâtre de cet espace sans fin. La vidéo est datée au 19 juin 1990, soit un an avant les événements montrés dans le premier court métrage réalisé à 16 ans par Kane Parsons (sous le pseudo de Kane Pixels). En faisant du long métrage non pas un spin-off ou une suite, mais un prequel direct, le réalisateur dévoile en partie comment le cauchemar aurait commencé… Et si on pousse la comparaison à travers l’entité qui poursuit le chercheur au début du film (on devine Pirate Clark) et celle qui poursuit le jeune réalisateur tombé dans les Backrooms dans le court métrage, on réalise que le pirate et le « bacteria monster » original pourraient être une seule et même créature : même démarche, même tête disproportionnée, même traque implacable.

Clark attire t-il les gens dans les Backrooms ?
C’est un détail majeur qui offre une deuxième vision complètement différente du film. Rappelez-vous : quand Clark (Chiwetel Ejiofor) fait appel à ses deux employés pour explorer les Backrooms avec lui, il explique qu’il cartographie l’endroit depuis plusieurs semaines et que le lieu possède même une piscine. Or, le bassin n’est accessible qu’à partir d’une longue pente que Clark ne pouvait pas -selon ses dires- explorer seul. Dès lors, comment peut-il savoir qu’une piscine s’y trouve ? En réalité, quand Bobby (Finn Bennett) y descend, il découvre un endroit sale, jonché de vêtements et même de cadavres si on regarde bien. L’intention de Clark était, en réalité, d’attirer des humains dans ce lieu et de les livrer à l’entité. Et au regard du tas de vêtements qu’on aperçoit, Kat (Lukita Maxwell) et Bobby ne sont pas ses premières victimes...

Clark a-t-il piégé Mary ?
Si on tire le fil de cette théorie, on réalise que Mary (Renate Reinsve) est la dernière victime à tomber dans son piège. Quand elle pénètre dans le magasin de meubles, le tas de courrier qui coince la porte suggère que Clark s'est enfoncé dans les Backrooms depuis longtemps. Ce détail confirme l’impression laissée par les vêtements aperçus plus tôt par Kat et Bobby. Quand Mary passe à travers le mur, quelque chose à changer : le tas de meubles qui trônait dans la pièce a disparu. En réalité, ils sont disséminés tout au long du chemin, en bloquant certains couloirs ou certaines portes, pour orienter son parcours jusqu’à un point précis où Clark l’attend. Car il a besoin d’elle pour une raison bien précise. On remarquera au passage que la fresque dessinée au mur montre Pirate Clark dévorant des personnages jaunes (les chercheurs Async), dont l’un avec le bras arraché… Or ce bras coupé est visible dans un coin de l’image quand Mary passe devant le panneau POTS.

Clark a-t-il tué sa femme ?
La relation tendue entre Clark et son ex-femme, évoquée au fil des séances de psychanalyse qui traversent le film, cache une réalité beaucoup plus morbide : il a en réalité tué son épouse dans un accès de colère après une soirée trop arrosée (la fameuse scène que Mary lui propose de rejouer), ce qui explique que son ancienne maison, dont il aurait été viré par son ex, soit vide quand il décide d’y jeter un oeil la nuit venue. Sa femme est morte, Clark le sait, et les Backrooms vont lui permettre non seulement d’accepter cette réalite mais de l’embrasser : dans les Backrooms, Clark a trouvé un lieu éternel, sans loi, où il peut donner libre cours à sa fureur encore et encore. Quand il coiffe Mary du scalp de la still life aux cheveux rouges, on comprend qu’il a procédé ainsi avec toutes celles qu’il a attiré dans son antre, dont Kat donc la tête décapitée est entreposée dans le frigo. Vous avez dit monstrueux ?

Que sont les still lifes ?
Dans l’univers des Backrooms, l’énergie de cet espace mystérieux imite la réalité à partir des souvenirs de Clark, encore et encore, jusqu’à en faire des copies imparfaites des modèles qui ont traversé sa vie. Clark dormant dans le magasin, on peut aisément imaginer que les Backrooms ont eu accès, nuit après nuit, à sa psyché. Ce qui explique les éléments familiers qu’on peut y voir dès le début du film : une banderole de soldes, une mouette, un paysage d’île déserte, des gouvernails encastrés dans les murs, des meubles… Les humains n’y échappent pas, et les still lifes (ou natures mortes) aperçus seraient, selon les rumeurs et théories : l’ancien propriétaire du magasin (l’homme à la lampe), un visiteur qui se serait endormi et réveillé plusieurs fois sur un lit d’exposition (l’homme aux multiples yeux que Clark "déguste"), et la propre épouse de Clark (elle ressemble comme deux gouttes d’eau à la femme qu’on aperçoit à ses côtés sur une photo), dont les multiples visages pourraient suggérer qu’elle s’agitait dans tous les sens alors qu’il il l’étranglait.

Qui est Pirate Clark ?
C’est LA question qui agite le plus les fans et les réseaux sociaux. Le monstrueux Pirate Clark, qui traque Mary à la fin du film, est-il une entité, un still life… ou le véritable Clark ? Le fait que du sang éclabousse le visage de Mary quand elle le frappe à la tempe pour lui échapper, comme la radio d’examen dans le laboratoire Async montrant un crâne, un cerveau et un squelette humain, suggéreraient qu’il s’agit en réalité de la nouvelle forme de Clark, transformé par les Backrooms en ce qu’il déteste (son travail et la mascotte du magasin) alors qu’un mimic a pris sa place dans le réel (le Clark de la deuxième moitié de film n’a plus sa cicatrice sur le front, regardez bien !). Clark est dès lors condamné à errer dans les couloirs en cherchant de l’aide… ce qu’il fait visiblement en traquant Mary : si on observe bien, il a des gestes d’appel au secours plus qu’une démarche agressive envers son psychiatre.

Pourquoi un piège a t-il été installé par Async ?
Si on n’est pas familier de l'univers des Backrooms, on peut légitimement se demander ce que représente cette pancarte d’homme préhistorique accompagnée d’un message en plusieurs langues. Clark le croise au début de son exploration, et on le revoit à la fin du film, au centre de plusieurs fauteuils dans une réplique du magasin de meubles. Cette pancarte, c’est un peu l’équivalent Backrooms de la sonde Voyager : un moyen de tenter d’établir une communication avec les différentes entités qui rôdent dans les couloirs, en leur présentant la forme la plus primitive de notre évolution (l’homme préhistorique) et des salutations mêlant plusieurs dialectes (le message qui se joue en boucle). A la fin du film, le dispositif est piégé, libérant du gaz dès que la pancarte tombe au sol. Comment les chercheurs de Async ont ils su où placer ce piège ? Tout simplement grâce au spot publicitaire que Phil (Mark Duplass) découvre au milieu de l’histoire : sa réaction abasourdie et terrifiée illustre en réalité -on le comprend au deuxième visionnage- le fait qu’il comprend enfin qui est cette entité pirate qui traque ses hommes et les met en morceaux (rappelons que Async a disposé des caméras un peu partout dans les Backrooms). En voyant ces images, Phil comprend qui est le pirate et où le piéger.

Où Mary et le scientifique se trouvent-ils à la fin du film ?
Là aussi, c’est vertigineux : il n’est pas certain que Mary ait réussi à s’extraire des Backrooms. Quand Phil, le chercheur d’Async, l’interroge… il lui demande comment elle est arrivée « ici ». La tournure de la phrase suggère que Mary, comme lui et les membres du laboratoire, sont en réalité coincés dans les Backrooms. Cela renvoie d’ailleurs à la mythologie plus générale développée autour de cet univers, qui suggère que Async et d’autres poches d’humains ont appris à y survivre et accueillent les nouveaux-venus pour les guider dans cet enfer liminal. L’échange dans la salle d’interrogatoire est volontairement nébuleux, mais on peut tout à fait imaginer que Mary est la dernière personne à rejoindre ce groupe d’humains perdus dans cette brèche mystérieuse. Et qu'elle pourrait détenir des éléments susceptibles de les aider dans leurs compréhension des mystères de ces lieux.

Mary a-t-elle grandi dans les Backrooms ?
C’est la dernière grande question restée sans réponse, et elle est fascinante. Tout au long de l’histoire, Kane Parsons nous propose des flashbacks de l’enfance de Mary, élevée par une mère paranoïaque qui finira d’ailleurs internée. Et si cette mère avait en réalité tout fait pour protéger sa fille alors que toutes deux vivaient pigées dans les Backrooms ? Cela expliquerait les vitres couvertes de papier journal, l’énigmatique « ils sont partout » lancé par sa génitrice (parle t-elle des entités ?) et même l’institut où est hospitalisé la mère : en regardant à l’arrière-plan de ce lieu une nouvelle fois très liminal, on réalise que tous les personnages, patients comme soignants, sont figés. Des still lifes ? C’est fort possible ! Les derniers plans du film, qui présentent des copies de tous les lieux qui ont accompagné Mary depuis son enfance, tendraient dès lors à confirmer qu’elle y a passé toute sa vie.















