
Mythic Quest et 5 séries comiques Apple TV+ vraiment sous-cotées
Je n’aime pas dire « séries comiques ». Je trouve que cela dessert l’image de programmes qui ont certes moins de prestige que leurs pendants dramatiques, mais qui nous offrent des moments de rire, de réconfort, de feel-good aussi indispensables que mémorables. Du moins quand ils sont réussis. A l'image de la sélection que je vous propose ici, qui vise à (re)mettre en lumière de vraies pépites « Comedy Shows » imaginées par Apple TV+.
La profondeur de l’offre streaming étant aussi immense que l’appétit de Joey dans Friends, et les algorithmes aussi têtus que Monica, on en vient souvent à regarder les évidences. Soit les grosses nouveautés du moment, soit ce que nous poussent en priorité les plateformes, soit ce que nous recommandent vos proches et collègues dans les small talks du quotidien, soit les monuments du genre. Au risque de passer à côté de séries certes discrètes, mais incontournables. En voici six que je vous recommande d’intégrer d’urgence à votre watchlist !
Silicon Valley (2014-2019) rencontre The Office (2005-2013) : on pourrait résumer ainsi la pépite Mythic Quest : Le Festin du Corbeau (4 saisons, 41 épisodes dont deux spéciaux tournés pendant le confinement). Imaginée par le créateur de It’s Always Sunny in Philadelphia, la série Apple TV+ nous plonge dans les coulisses de la création d’un jeu vidéo. Mais toute comparaison a ses limites et le show a son propre ton, sa propre patte, son propre univers, qui s’illustre par le grand écart à l’écran entre le monde fantastique et épique du jeu et l’environnement d’open spaces banals et les situations de bureau dans lesquels gravitent les personnages.
Les gamers adorent, d’autant que la série a été accompagnée par Ubisoft pour pousser la véracité à l’écran). Mais si, comme moi, vous n’êtes pas forcément porté.e sur la manette, vous devriez craquer pour la relation entre Ian et Poppy. C’est le coeur émotionnel de Mythic Quest. D’un côté, il y a le créatif mégalo mais sincèrement brillant (Robert McElhenney), de l’autre sa codeuse en chef pragmatique chargée de concrétiser sa vision (Charlotte Nicdao). Et entre les deux, il y a une relation faite d’admiration mutuelle, de mentorat toxique, de rivalité créative et de tension romantique. Voilà un « couple » méconnu qui mérite toute votre attention. Et si vous avez aimé la proposition du créateur « Rob Mac », foncez sur les quatre épisodes de Side Quest (2025-) qui prolongent la série par le prisme de personnages parallèles.
Que feriez-vous avec 87 milliards de dollars ? Molly Novak, fraîchement divorcée après l’adultère de son richissime mari, devient la troisième femme la plus riche des Etats-Unis en même temps que l’incarnation médiatique et planétaire de la femme trompée. En pleine crise existentielle, elle va retrouver du sens en se rapprochant de la fondation qu’elle avait complètement oubliée avoir créé (!) et des employés qui voient débarquer cette étrange patronne dans leur quotidien.
Avec Loot (3 saisons, 30 épisodes), Matt Hubbard (30 Rock) et Alan Yang (Parks & Recreation) s'attaquent avec malice à l’univers des ultra-riches, et utilisent leur déconnexion pour mieux interroger le sens de la vie. Ce qu’on aime ici, c’est l’équilibre entre satire et comédie feel-good, qui font qu’on termine chaque épisode avec légèreté et sans trop d’acidité. C’est un peu l’anti-Succession, finalement, où Maya Rudolph (j’adore cette actrice) s’éclate et nous éclate aux côtés de nombreux guests (dont Seal, Tony Hawk, Henry Winkler, Benjamin Bratt et notre Frenchie Olivier Martinez !).
Ils formaient un couple attachant, crédible et drôle dans Nos pires voisins (2014) et Nos pires voisins 2 (2016). Rose Byrne et Seth Rogen se retrouvent dans Platonic (2 saisons, 20 épisodes), une sorte de variation régressive autour de Quand Harry Rencontre Sally… (1989) qui interroge l’amitié entre femmes et hommes alors que pointe la crise de la quarantaine. Les showrunners Nicholas Stoller et Francesca Delbanco (Friends From College) nous offrent ici une romcom sans romance (platonique, donc) et explorent l’idée passionnante d’une comédie sur l’amitié très intense entre deux ancien meilleurs amis qui se retrouvent à l'âge adulte.
Passionnante... et drôle, car dès qu’ils sont réunis, Sylvia et Will se lâchent et leurs soirées et sorties tournent souvent à la catastrophe. La grande force du show, au-delà de cette approche originale, c’est l’alchimie du tandem Byrne / Rogen, qui improvisent beaucoup de leurs dialogues et de leurs interactions. Au-delà de leurs retrouvailles en saison 3, j’avoue que j’adorerais voir la comédienne dans l’univers de The Studio (2025-), satire hilarante d’Hollywood par Seth Rogen à consommer également sans modération sur Apple TV+.
Voilà une autre amitié platonique… et téléphonique ! Dans Still Up (1 saison, 8 épisodes), l’esprit des coups de fil nocturnes devant Casablanca entre Harry et Sally (décidément) n’est pas loin puisqu’on y suit les conversations entre Lisa (Antonia Thomas) et Danny (Craig Roberts), deux insomniaques qui passent leurs nuits à discuter sans jamais s’être rencontrés. Teinté de mélancolie (et de fatigue, forcément), le show propose une bulle distanciée mais profondément attachante entre deux êtres victimes de la solitude des grandes villes.
Tout au long des huit épisodes, ce lien intime tisse une interrogation centrale sur la vraie nature de ces confessions nocturnes autour de leurs vies, leurs envies et leurs regrets : vraie amitié ? relation fantasmée ? romance inévitable ? Réponse au bout de la nuit et de l’unique saison de cette pépite britannique intimiste et originale (et en pyjamas !), qui nous ramène à quelque chose de profondément simple et humain.
Imaginez une machine qui, en échange d’une simple pièce, vous révèle votre véritable potentiel de vie. Cet étrange dispositif baptisé Morpho, sorte de distributeur automatique d’inspiration, existe dans l’épicerie de la série The Big Door Prize (2 saisons, 20 épisodes). Et forcément, sa présence et ses révélations vont bouleverser les habitants de la petite ville de Deerfield, chacun remettant en question ses choix, ses ambitions et ses relations une fois le résultat imprimé.
La série aurait pu être un épisode de Black Mirror. Mais son ton, bien plus léger que l’anthologie de Charlie Brooker, oscille entre comédie, drame et réalisme magique et va plutôt chercher du côté de la fable moderne et inspirationnelle sur le sens de la vie et l’importance qu’on accorde au destin ou au libre arbitre. Il y a un peu de Un jour sans fin (1993), un peu de Harold Crick (2006), un peu de Walter Mitty (2013), un peu de Life of Chuck (2025) aussi dans cette adaptation chorale du roman de M. O. Walsh. supervisée par David West Read (Schitt's Creek), dont l’humanité et la tendresse s’incarnent parfaitement dans le héros campé par Chris O'Dowd
« Et si notre monde n’était pas le seul où l'existence est absurde ? » Voilà résumée l’approche de Strange Planet (1 saison, 10 épisodes), qui nous interroge -là encore- sur le sens de la vie et les habitudes parfois (très) étranges de notre quotidien. La série animée, minimaliste et pastel, adaptée des publications Instagram imaginées par Nathan W. Pyle (par la suite éditées en recueils) prend un peu l’approche inverse de ce que Bernard Werber proposait dans Nos amis les Terriens (2007) : à la place d’un documentaire extraterrestre sur nous humains, nous sommes ici invités à découvrir la vie de créatures bleues sur leur propre planète.
Leurs comportements sont très similaires aux nôtres, jusque dans leur absurdité ; seul leur langage diffère un peu, puisque ces personnages s’expriment de manière très littérale et clinique sur ce qu’ils traversent (on ne bronze pas, on subit des dégâts stellaires, par exemple). Et c’est justement tout l'intérêt de la proposition, que certains pourraient qualifier de naïve mais qui sert de miroir à notre culture humaine qui repose quand même beaucoup sur des codes certes normaux à nos yeux mais sans doute très bizarres pour un observateur objectif. Comme le fait d’écrire ou lire ces lignes, par exemple ! N'hésitez pas, c’est un bon complément à Solar Opposites (2020-) dans lequel des aliens débarquent dans l'Amérique profonde.






















