5 films d’Alejandro González Iñárritu à voir avant Digger

5 films d’Alejandro González Iñárritu à voir avant Digger

Publié le29 septembre 2026

Mis à jour le30 septembre 2026

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Réalisé par Alejandro González Iñárritu, Digger (2026) s’impose comme l’un des films les plus clivants de l’année. Nous ignorons encore s’il sera à la hauteur des attentes à l’approche des Oscars, notamment pour Tom Cruise, dont la performance, à en croire les premières réactions, atteint de nouveaux sommets.

Si Digger suscite autant d’intérêt et de curiosité, c’est en grande partie grâce à la popularité hors pair de son acteur principal. Mais il faut aussi savoir que, même si son nom reste quelque peu dans l’ombre de celui de la star, et malgré l’accueil presque catastrophique réservé à son dernier film, le cinéma d’Iñárritu a eu un impact majeur sur le cinéma des années 2000.

Avant de regarder Digger, plongez-vous dans cette sélection de films qui met en lumière ses obsessions, ses choix esthétiques et sa manière de construire des récits autour de personnages confrontés à des situations extrêmes. Des films qui, chacun à leur manière, permettent aussi de mieux saisir ce que le cinéaste mexicain apporte à son nouveau projet.

Même si Bardo (2022) n’est pas le meilleur film de la filmographie d’Iñárritu, il est certainement celui qui s’aligne le plus, stylistiquement et esthétiquement, avec Digger. En comparaison avec les récits choraux qui l’ont hissé au statut d’auteur, Bardo se rapproche de Digger par l’accent qu’il met sur son personnage principal. Exubérant, complexe et onirique, le film s'imprègne d’un lyrisme surréaliste hors norme qui s’avère parfois trop opaque pour les spectateurs. 

Dans la lignée des films d’inspiration autobiographique, en particulier Huit et demi (1963) de Federico Fellini et La Main de Dieu (2021) de Paolo Sorrentino, Iñárritu met au cœur de son film Silverio Gama, journaliste et documentariste mexicain qui, après avoir vécu pendant de nombreuses années à Los Angeles, revient dans son Mexique natal. Incarné par Daniel Giménez Cacho, ce personnage reflète en quelque sorte le parcours du cinéaste lui-même, tout en accordant une grande liberté aux rêves et aux fantasmes grâce à la fiction. 

L’ambition formelle d’Iñárritu dans ce film est vraiment à saluer, mais le résultat final souffre d’une certaine complaisance et de nombrilisme. Si je vous le conseille, c’est pour que vous puissiez le comparer à Digger et décider vous-même si le cinéaste tombe dans les mêmes pièges ou bien réussit à les contourner, que ce soit par plus d’excès ou plus de contrôle.

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Birdman
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2014

Tout en s’inscrivant en rupture avec sa première période, Birdman (2014) maintient quand même l’aspect choral et l’expansion narrative qui multiplie les intrigues. Film multi-récompensé -quatre Oscars, y compris celui du Meilleur film et de la Meilleure réalisation- portant sur le monde du théâtre, sur les films de super-héros ainsi que sur le jeu d’acteur, Birdman compte parmi les œuvres les plus accessibles et divertissantes du cinéaste. La prouesse formelle y est bel et bien présente -surtout à travers l’usage du faux plan-séquence, procurant aux spectateurs une sensation vertigineuse d’immersion dans les coulisses d'une pièce de théâtre-, mais les expérimentations ne vont pas jusqu’au point d’obscurcir le récit ou de le compliquer.

Au centre du film se trouve Riggan Thomson, incarné par Michael Keaton. Thomson est surtout connu pour son rôle de Birdman dans des films de super-héros, mais pour revenir en force en tant qu’acteur, il cherche à monter une pièce de Raymond Carver qu’il considère comme plus sérieuse. La division entre l’art sophistiqué et l’art populaire traverse aussi bien le récit qu'elle existe au niveau méta -considérant que Keaton a lui-même incarné le Batman (1989) de Tim Burton. Iñárritu se sert certainement de cet enjeu méta dans son choix de casting de Tom Cruise pour le rôle de Digger Rockwell : malgré le fait que son personnage soit un magnat du pétrole, la persona de Cruise et sa quête de « sauver le cinéma » nourriront sans doute sa performance !

Amours chiennes
Amours chiennes

Amours chiennes

2000

Au-delà de ces deux premiers films, il est relativement difficile de trouver des résonances directes dans la filmographie du cinéaste mexicain. Néanmoins, il est tout à fait justifié de revenir un peu en arrière dans son parcours pour bien cerner sa trajectoire stylistique. À cet égard, son premier long métrage, Amours chiennes (2000), qui deviendra le premier volet de sa « trilogie de la mort », s’impose comme une œuvre clé. 

Tissant un récit choral fragmenté, dont les trois axes se déploient à partir d’un accident de voiture à Mexico, le film confronte son public à une atmosphère sombre, marquée par une violence exacerbée. Le premier récit se déroule autour d’un jeune homme nommé Octavio (un rôle qui a d’ailleurs révélé Gael García Bernal au public international) qui cherche à fuir avec la femme de son frère grâce à l’argent qu’il compte gagner en participant à des combats de chiens. La deuxième partie se concentre sur la descente aux enfers du couple formé par Daniel, éditeur d’une revue, et son amante Valentina, mannequin célèbre qui se blesse gravement à la jambe après un accident de voiture lié à la première histoire. Enfin, la troisième partie tourne autour d’El Chivo, enseignant devenu tueur à gages après avoir participé à des mouvements révolutionnaires en tant que guérillero.

Au croisement de ces récits se trouvent des sentiments obsessionnels et des pulsions autodestructrices, qui se traduisent également au niveau de l’image. À cet égard, c’est l’un des films les plus violents du cinéaste et, si vous êtes sensible à la violence domestique et à la brutalité envers les animaux, ce n’est peut-être pas le film par lequel commencer pour découvrir Iñárritu.

Biutiful
Biutiful

Biutiful

2010

Après avoir prolongé le schéma narratif d'Amours chiennes avec un événement déclenchant qui relie plusieurs histoires et personnages dans 21 Grammes (2003) et Babel (2006) qu'il a tournés avec des vedettes hollywoodiennes, Iñárritu a considérablement changé de direction dans son quatrième long-métrage. Avec Biutiful (2010), il a plutôt conçu un portrait psychologique centré sur un seul personnage, plus dépouillé au niveau de la structure, mais tout aussi complexe à l'égard des thèmes sociaux et des aspects émotionnels qui le traversent. 

Le film est avant tout marqué par la performance profondément saisissante de Javier Bardem -même si la palette de l'acteur est reconnue pour sa diversité, il y a très peu de rôles dans sa filmographie qui atteignent l'intensité et l'authenticité émotionnelle qu'il déploie dans ce film. Au centre du récit se trouve Uxbal, un homme impliqué dans l'organisation du travail clandestin d'immigrés pour subvenir aux besoins de ses enfants. Lorsqu'il apprend qu'il lui reste très peu de temps à vivre à cause d'un cancer, il affronte sa propre mortalité et essaie de préparer ses enfants à son absence. 

Dans Biutiful, le récit s'offre comme une forme plus condensée des thématiques sociales et existentielles propres à la condition humaine. C'est pour cette raison que le film peut paraître pour certains beaucoup trop étoffé au regard de ses aspirations narratives — surtout tout le côté surnaturel et métaphysique lié à l'au-delà. Reste que le film témoigne pleinement de l'ambition du style d'Iñárritu, qu'il ne cesse d'explorer sous différentes formes.

The Revenant
The Revenant

The Revenant

2015

Il serait erroné de qualifier The Revenant (2015) d’ovni par rapport aux autres films du cinéaste. En effet, bien que son récit minimaliste soit éloigné des thématiques sociales et humaines de ses premiers films tout comme du regard satirique de Birdman et de Bardo, l'immersion dans des atmosphères et des paysages reste une ambition récurrente de son cinéma. Marqué par une quête de vengeance et une violence brute, le film s’inscrit dans la lignée de grands récits romantiques qui confrontent l’Homme à la Nature, et par extension à ses propres limites. 

The Revenant, tout comme Biutiful, est certes très éloigné de la tonalité de Digger, mais il demeure une entrée essentielle dans la filmographie du cinéaste, car ces trois films ont pour point commun une exigence considérable envers leurs acteurs principaux. De la même manière que Digger restera indissociable de Tom Cruise, The Revenant ne peut pas être abordé sans évoquer Leonardo DiCaprio et la façon dont il a transformé l’image conventionnelle que le public avait de lui, en le poussant jusqu'à sa limite extrême et en le réduisant presque à néant, au-delà de sa seule soif de vengeance. 

Si DiCaprio a ainsi défié son image en laissant derrière lui ses années de « beau gosse », la collaboration d'Iñárritu avec Tom Cruise dans Digger repose sur un enjeu similaire : faire émerger une performance hors du commun qui repose sur l’immersion de l’acteur dans sa propre image, pour mieux la sublimer ou l’annihiler ! On verra bien si la trajectoire du film lors de la saison des récompenses sera similaire et si, comme DiCaprio, Tom Cruise recevra finalement l’Oscar du meilleur acteur, qui lui échappe depuis longtemps.

À propos de cette liste

Titres

5

Coût total de visionnage

13,97 €

Durée totale

12h 18min

Genres

Drame, Comédie, Action & Aventure

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